– Philippe Colmant – Poésies –


Les neiges de l’enfance…

Les neiges de l’enfance
En hiver me reviennent
Avec l’instant précis
Où, rentrant de la guerre
En vainqueur ou vaincu,
Accueilli en héros
Par une odeur de gaufres,
Je te tendais mes joues
Et tu les réchauffais
Entre tes mains de laine.

Extrait du recueil LE TOUR DE L’ÎLE, Demdel, 2021

La Voix du Père

Quand je roule ma bosse
Dans cette poudre aux yeux
Aux herbes de chimère
Que la vie a lancée
Comme du riz de noce
En pâture aux envieux,
Je repense à mon père,
À son verbe élancé,
À sa voix de colosse,
À son air si sérieux
Pour me dire l’envers
Des beautés encensées.

tiré du recueil « De mémoire longue », Demdel, 2016)

Tain Pâle

Il est de ces matins
Où mon miroir ouvre
Comme un abîme
De réflexion,
Avec pour seul éclat,
Au fond de ce puits,
Le rire franc
De l’âme nue.

tiré du recueil « De mémoire longue », Demdel, 2016)

Assis sur un rocher…

Assis sur un rocher
Érodé par les vents
De ma mer intérieure,
Je garde sans relâche
Le grand phare allumé
Dans la nuit délitée.
 
L’horizon est un mur.
La peur est devant lui,
La vérité, derrière.
Le cœur est un radeau.
Nul ne sait quel courant
Finit par l’emporter.

tirés de mon recueil « LE SILEX DES JOURS » (DEMDEL Éditions, 2019)

Comme un rappel au monde…

Comme un rappel au monde,
Voici venir le jour,
Terrible, terrifiant,
Portant dans sa lumière
Le sang de l’horizon,
L’écho des vaines guerres
Et ces oiseaux jetés
À la tête du ciel,
Une poignée de terre
Pour l’enfance envolée.

tirés de mon recueil « LE SILEX DES JOURS » (DEMDEL Éditions, 2019)

Du haut de la colline…

Du haut de la colline,
Je regarde la ville
Et me laisse porter
Par le courant des rues.
 
D’où je suis, sans forcer,
J’entends distinctement
Le chuintement discret
D’une pluie économe,
 
La petite musique
Des morts désaccordés.

tirés de mon recueil « LE SILEX DES JOURS » (DEMDEL Éditions, 2019)

Les jours étaient prodigues…

Les jours étaient prodigues,
Ne comptaient pas les heures.
 
Arrosés de soleil,
Les arbres portaient beau
Et de tout leur feuillage
Frissonnaient de lumière.
 
Nous étions assoiffés
Et nous buvions l’été
Comme l’eau des fontaines
Sans penser à la source.

Extrait du recueil LE TOUR DE L’ÎLE, Demdel, 2021

Du haut de la colline

Du haut de la colline,
Je regarde la ville
Et me laisse porter
Par le courant des rues.
 
D’où je suis, sans forcer,
J’entends distinctement
Le chuintement discret
D’une pluie économe,
 
La petite musique
Des morts désaccordés.

Les hommes la devinent

Les hommes la devinent
Et le vent la souligne,
Mais en définitive,
Seule la mer connaît
L’intention de la vague.

Trois poèmes…

De ce temps hors du temps
Qui nous a mis hors-jeu,
Hors délai, hors du monde,
Je retiens l’abandon
Et la sobriété.
 
Après l’apnée
Revient le souffle.
*
De dehors
On ne voit rien.
Or il pleut.
Il pleut dedans.
 
Il pleut dans les maisons
À l’horloge arrêtée
Mais aux lampes vivantes.
 
Il pleut de la poussière
Et de si longs silences
Derrière les rideaux
 
Où l’attente patauge
Dans la flaque du temps.
*
Chaque soir,
La terre entière
S’accoude au ciel,
Lucarne ouverte
Sans grillage.
 
De là-haut,
Plus rien ne pèse,
Plus rien ne vaut,
Sinon le rêve
De Folon.
 
Homme-oiseau,
N’oublie jamais
Ces heures hâves
Où confiné
Tu volais.

Philippe Colmant
Trois poèmes extraits de « Ciel et terre remués » (Demdel, 2020)