– Philippe Colmant – Poésies –


Assis sur un rocher…

Assis sur un rocher
Érodé par les vents
De ma mer intérieure,
Je garde sans relâche
Le grand phare allumé
Dans la nuit délitée.
 
L’horizon est un mur.
La peur est devant lui,
La vérité, derrière.
Le cœur est un radeau.
Nul ne sait quel courant
Finit par l’emporter.

tirés de mon recueil « LE SILEX DES JOURS » (DEMDEL Éditions, 2019)

Comme un rappel au monde…

Comme un rappel au monde,
Voici venir le jour,
Terrible, terrifiant,
Portant dans sa lumière
Le sang de l’horizon,
L’écho des vaines guerres
Et ces oiseaux jetés
À la tête du ciel,
Une poignée de terre
Pour l’enfance envolée.

tirés de mon recueil « LE SILEX DES JOURS » (DEMDEL Éditions, 2019)

Du haut de la colline…

Du haut de la colline,
Je regarde la ville
Et me laisse porter
Par le courant des rues.
 
D’où je suis, sans forcer,
J’entends distinctement
Le chuintement discret
D’une pluie économe,
 
La petite musique
Des morts désaccordés.

tirés de mon recueil « LE SILEX DES JOURS » (DEMDEL Éditions, 2019)

Les jours étaient prodigues…

Les jours étaient prodigues,
Ne comptaient pas les heures.
 
Arrosés de soleil,
Les arbres portaient beau
Et de tout leur feuillage
Frissonnaient de lumière.
 
Nous étions assoiffés
Et nous buvions l’été
Comme l’eau des fontaines
Sans penser à la source.

tirés de mon recueil « LE SILEX DES JOURS » (DEMDEL Éditions, 2019)

Du haut de la colline

Du haut de la colline,
Je regarde la ville
Et me laisse porter
Par le courant des rues.
 
D’où je suis, sans forcer,
J’entends distinctement
Le chuintement discret
D’une pluie économe,
 
La petite musique
Des morts désaccordés.

Les hommes la devinent

Les hommes la devinent
Et le vent la souligne,
Mais en définitive,
Seule la mer connaît
L’intention de la vague.

Trois poèmes…

De ce temps hors du temps
Qui nous a mis hors-jeu,
Hors délai, hors du monde,
Je retiens l’abandon
Et la sobriété.
 
Après l’apnée
Revient le souffle.
*
De dehors
On ne voit rien.
Or il pleut.
Il pleut dedans.
 
Il pleut dans les maisons
À l’horloge arrêtée
Mais aux lampes vivantes.
 
Il pleut de la poussière
Et de si longs silences
Derrière les rideaux
 
Où l’attente patauge
Dans la flaque du temps.
*
Chaque soir,
La terre entière
S’accoude au ciel,
Lucarne ouverte
Sans grillage.
 
De là-haut,
Plus rien ne pèse,
Plus rien ne vaut,
Sinon le rêve
De Folon.
 
Homme-oiseau,
N’oublie jamais
Ces heures hâves
Où confiné
Tu volais.

Philippe Colmant
Trois poèmes extraits de « Ciel et terre remués » (Demdel, 2020)