mars 4

– Philippe Colmant – Poésies –


Les jours étaient prodigues…

Les jours étaient prodigues,
Ne comptaient pas les heures.
 
Arrosés de soleil,
Les arbres portaient beau
Et de tout leur feuillage
Frissonnaient de lumière.
 
Nous étions assoiffés
Et nous buvions l’été
Comme l’eau des fontaines
Sans penser à la source.

Du haut de la colline

Du haut de la colline,
Je regarde la ville
Et me laisse porter
Par le courant des rues.
 
D’où je suis, sans forcer,
J’entends distinctement
Le chuintement discret
D’une pluie économe,
 
La petite musique
Des morts désaccordés.

Les hommes la devinent

Les hommes la devinent
Et le vent la souligne,
Mais en définitive,
Seule la mer connaît
L’intention de la vague.

Trois poèmes…

De ce temps hors du temps
Qui nous a mis hors-jeu,
Hors délai, hors du monde,
Je retiens l’abandon
Et la sobriété.
 
Après l’apnée
Revient le souffle.
*
De dehors
On ne voit rien.
Or il pleut.
Il pleut dedans.
 
Il pleut dans les maisons
À l’horloge arrêtée
Mais aux lampes vivantes.
 
Il pleut de la poussière
Et de si longs silences
Derrière les rideaux
 
Où l’attente patauge
Dans la flaque du temps.
*
Chaque soir,
La terre entière
S’accoude au ciel,
Lucarne ouverte
Sans grillage.
 
De là-haut,
Plus rien ne pèse,
Plus rien ne vaut,
Sinon le rêve
De Folon.
 
Homme-oiseau,
N’oublie jamais
Ces heures hâves
Où confiné
Tu volais.

Philippe Colmant
Trois poèmes extraits de « Ciel et terre remués » (Demdel, 2020)