Rêveries poétiques
Au bord du monde, je me suis assis.
Au bord du monde, je me suis assis, et je n’ai pas pleuré. Je n’ai même pas souris.
Au bord du monde, je me suis mis à méditer, et même à prier.
J’ai prié les nouveaux dieux de la cité.
J’ai essayé de respirer tout l’air libre qu’il est encore possible d’y trouver. Je me suis retrouvé à la limite d’être asphyxié.
La liberté est trop souvent réservée à ceux qui ne manquent déjà pas d’air.
Par ailleurs, si un travailleur malmené à encore, par exemple, la liberté de penser, est-il encore capable et en mesure de l’appliquer ?
Alors, au bord du monde, je me suis remis à méditer. Je n’ai toujours pas pleuré. Et souris non plus.
J’ai convoqué l’égalité.
A son compte, je pourrais m’y retrouver. Mais j’ai très vite déchanté.
Dans notre monde chaotique, certains s’arrangent toujours pour être plus égaux que d’autres.
Je m’en suis retourné au bord du monde, me suis remis à méditer, même pas pleurer, même pas sourire.
Puis J’ai essayé d’en appeler à la communauté des frères et sœurs en solitude, les isolés, les sans patries qui traversent le monde sans concessions ni contreparties.
Mais le nez penché sur leurs codasses, ils n’ont même pas perçu que je faisais mes propres grimaces.
Il faut croire que la fraternité, c’est réservé aux gens qui ne sont pas trop préoccupés.
Que se passe-t-il dans le cœur de notre humanité ?
Que se passe-t-il dans mon cœur d’humain relié ?
Nous créons en nous-même des démons et nous nous étonnons de les rencontrer. Ces images déformées de liberté, d’égalité et de fraternité.
Pourtant, même si nous n’avons pas le pouvoir direct de changer le monde de la société, nous avons du moins celui de nous changer nous-même.
Sois le changement que tu voudrais voir apparaitre dans le monde.
Alors, j’ai commencé par moi.
Au bord du monde, je me suis assis. J’ai médité et, surtout, j’ai ressenti.
J’ai un peu pleuré, un peu souri. Et je me suis remis à rêver.
Car tout devient possible dans un monde qui est poétisé.
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Retour en Poésie
Les pensées fusent plus vite que les balles de fusils. Mais elles, elles ne nous tuent pas, elles nous transforment.
Les mots que nous utilisons sont les habits avec lesquels nous revêtons nos pensées afin qu’elles prennent une signification dans notre existence fonctionnelle.
Mais les mots du poète sont, eux, comme des habits de fête.
Ce sont des parures de lumière qui, en exaltant les sens, font que les significations sont transcendées et le monde dans lequel nous vivons ré enchanté.
Le poète se fait magicien et notre monde se métamorphose grâce à la magie de son verbe intemporel.
Il en a toujours été ainsi car la poésie ne peut être limitée par les notions de temps et d’espace de l’homme du vulgaire.
Le rôle de l’expression poétique est de nous ramener dans notre patrie originaire, là où les significations usuelles n’ont plus du tout court.
La pensée poétique n’est pas rationnelle, mais transpersonnelle. Elle nous reconnecte avec, ce qui, en nous, est essentiel.
Elle permet de voyager dans nos territoires intimes où nous sommes les rois et les reines de royaumes primordiaux et infinis.
Car les mots du poète n’ont pas de limites et ne connaissent pas de frontières. Leur musicalité transcende toutes les barrières et fait écho à la musique des sphères, celle sans laquelle notre univers même n’aurait pas d’existence.
Oui, le cosmos nous parle à travers les mots et les sons de la poésie et nous permet de tenir un langage universel, celui qui parle à l’ensemble des peuples car il est le terreau fécondant de toute humanité.
Ce langage invite l’humain robotisé, lobotomisé à retrouver sa liberté de penser et d’imagination.
Il lui offre l’occasion de réapprendre à penser par lui-même et à développer, autour de lui, de nouvelles terres, un tout nouveau monde, le sien, le nôtre.
Nous sommes, dès lors, revenus à la maison. Nous avons retrouvé notre patrie originaire.
Soyons de nouveau les bienvenus dans la demeure de la poésie.
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