– Éric Allard – Poésies –


Poème mode d’emploi

on ne met pas le poème en joue ni en bouche
on ne tire pas la langue ni la queue au poème
on ne coupe pas la parole au poème
on ne dit pas le poème tout haut
on ne pend pas le poème par les pieds
on ne réveille pas un poème qui dort
on ne roule pas sur le poème en dos d’âne
on ne mâche pas le poème sauf si c’est une chanson
on ne vend pas le poème sauf s’il est imprimé en lettres d’or
on n’édente pas le poème qui mord sauf s’il a une rage de roman
on ne met pas le poème sur son séant sauf s’il contemple l’horizon
on ne récompense pas le poème sauf si c’est le poème d’un académicien
on ne charge pas la mule du poème (on attend qu’elle s’épuise)
on ne met pas le feu au poème (on attend qu’il s’allume)
on ne bat pas le poème même avec des fleurs
on ne compte pas sur le poème même si c’est un poème oulipien
on ne cache pas la fin du poème même avec un film transparent
on ne crache pas dans la soupe du poème même si c’est un poème d’amour
on ne dit pas pis que pendre du poème même si c’est un poème vendu
on n’assassine pas le poème en série même avec un pic à farce
on ne fait pas des grimaces à la face du poème masqué
on ne jette pas le poème dans les orties pour le faire piquer
 
c’est vilain

Un problème majeur

La poésie génère
des tonnes de déchets
 
Leur élimination constitue
un des problèmes majeurs
de la littérature

L’œil du couturier

derrière
les robes
les falbalas
 
la chambre
de ta nudité
retient les regards
 
seul l’oeil
du couturier
avale ta peau

Le poème et la fraise

le poème
chez le dentiste
pousse de tels hurlements
que les exégètes
venus soigner
des caries verbales
les attribuent
tantôt à Artaud
tantôt à Tzara
 
par contre
pour le zzzzzzzzzzzzzzzzzz
de la fraise
tous conviennent qu’il est
d’Isidore Isou