Carine Laure Desguin – Poésies –


les feux ne meurent pas

les feux ne s’usent pas comme les gants
jetables
à usage unique
les feux les remparts
plus hauts que les rampes urbaines
au ciel les étincelles jusqu’au bout
de la langue hostile ou pas
les feux ne meurent pas
jamais
qui sont-il où sont-ils
partout hors le néant
que sans cesse que sang
que demeurent aux échelles
une suspension un trou
une étincelle au solstice
quand de leur bouche
au plus loin je parle au silence
au fond de moi table rase
les feux ne meurent pas
à la pelle à la corde à la fleur si
d’aucune voix
à la fois jazzy
et à la fois jazzy
les feux ne meurent pas
à l’angle des jeux jamais
à l’ombre des taches les échos
tracent de longues dents d’organe
où finissent les frimousses
 
dans ces sillages fossilisés
coagulés les fous magiques
s’agglutinent
 
à mieux s’exiler
visionnaires d’un paradis
 
qui s’ouvrent sur des horizons de vermeil
à l’ombre des taches
des notes de musique capucinent
à la floraison dans la paume
à la floraison d’un monde à l’envers
triomphe de la face B du miroir
à l’ombre des taches les échos
pareils à des mouchettes
sur le fil d’un zig zag
 
à l’ombre des taches des échos
 
bourgeonnent bruits de cordes
à sauter au-dessus de l’étoile
 
dans la nuit l’écho d’une escale
dans la nuit l’écho d’une escale
et la face B du miroir
qui ne s’étain pas
 
microsillon sonore du temps
à la rescousse
 
des nocturnes
les feux ne meurent pas
jamais ne meurent

A contre-jour la nuit, recueil à paraître

écouter par-dessus les loques des couleurs

au rythme de la batterie à jeux de mains
les harmonies s’efflorent
s’allument les lèvres
langues mortes langues vivantes
à chair des os de lèche
les déjections des phares
au son craquelé d’épis
contre les charmes d’une feuille de bronze
fine au pays de l’orge
quand de la lune féconde
tombent des vipères en lambeaux
 
langues de barque
tourbillons de couleurs
 
à découdre à dépecer
jusqu’au tombeau
jusqu’à mal jusqu’aux violons
à désosser aussi
des souffles sanguins
oui aux poussières sur ces terres
de carrés jaunes et orange
jusqu’aux violons d’airain
dans la batterie des jeux
sans artifice aucun artifice
 
à l’arrache du vide
au loin une porte l’autre
 
des sons dans leur globule
des sons majestés et sans bouche
à l’oral
fils précieux des accords
 
Nouvelle-Orléans au loin une porte
bascule se tissent les vents
 
les emportent les frôlent
balades
des harmoniques au grand cœur
de braise
à l’archet du vide
funambule successeur
qui soulève les pianos
des rondes le piano
 
sur le quai d’une escale
l’entre-deux à la paupière d’un chemin
et sarcèle la question
de l’être et de la chanson

A contre-jour la nuit, recueil à paraître

sur les bords des flous

des remous de papier
glacé aux quatre coins des saisons
non pas des serrements
des balbutiements
un non-dit relève le cou
et plonge son clapot de rien
entre les bannières
d’une trompette
danse danse à la noisette
pour consacrer derrière son masque d’or
un oiseau
dans sa chasuble ourlée

in À contre-jour la nuit, recueil à paraître

et quand de la lune
à Odilon-Jean Périer

je vis ces reflets
à deux pas de la maison
des reflets partout
autour de toi les rues
de Bruxelles
ne perdent pas pied
fontaines aux eaux parfumées
et quand de la lune
je vis ces chairs
nuitées contre grelots
s’enflammer à mille temps
à jour
de nouvelles écritures
feuilles noires brûlées
palpées à feuilles blanches
nacelle contre nacelle
et quand de la lune
je sentis tous ces jours
sourire à peau de peau
maintenance
chacun sa chacune son chacun
son panier de transparences
je sus que descendre
petit à petit de tout ça
c’était me fondre d’âge en âge
et percuter à nouveau
ce passage des anges
 
le tien

in À contre-jour la nuit, recueil à paraître

À coups de…

À coups de luminaires, ils ont heurté le néant et, après une course en spirales, de tunnels en tumulus, le chaos se reconnut (enfin) dans ce miroir en pantalon, une espèce de sac de jute qui sans aucune sommation engloutit de trou de balle en trou de balle quelques tonnes de pommes de terre et des patates à vol d’oiseau.

À CHAOS CHAOS ET DEMI, C.-L. Desguin, La P’tite Hélène Éditions,2018

Lever l’ancre…

Lever l’ancre du fond de ces précipices, disent-ils, et battre le feu aux tempes, les cris des hirondelles perceraient bien les écorces jusqu’aux ventricules du cœur, debout à ras des pierres, si velues soient-elles.

À CHAOS CHAOS ET DEMI, C.-L. Desguin, La P’tite Hélène Éditions,2018

Des hochets …

Des hochets de sang rhésus O à jamais rhésus O, dans cet entre-deux d’un état des lieux, éclaboussent l’échelle des gènes, des nervures d’ions positifs et d’ions négatifs, des transgenres de tous les chiffons, des épousailles sur papier glacé d’une armée de poupées barricadées jusqu’aux racines carrées de leurs dents (puisque même la météo ne se cache plus de ses bretelles), avec des chlorophylles de fils barbelés en habit du dimanche.

À CHAOS CHAOS ET DEMI, C.-L. Desguin, La P’tite Hélène Éditions,2018

Jusqu’à l’os…

Jusqu’à l’os, doter les crachats de toutes ces éclaboussures, des étincelles de coquilles d’œuf, des fonds de vase d’une coulée de serpents, l’angle mort d’une potence sans virginité, les postfaces écrasées des légendes à venir, le passé décomposé d’un iota éméché et une lignée de pointillés désamorcés. Tout cela bien enrobé dans des capsules d’un chamarré de rouges vifs, avec dedans de la cyprine déshydratée.

À CHAOS CHAOS ET DEMI, C.-L. Desguin, La P’tite Hélène Éditions,2018

Sous les paupières…

Sous les paupières du temps, celui qu’ils disent avoir brassé à chaude-pisse de prismes et de glands, s’additionnent des cuillères et du mal en patience, de nuitée en nuitée, sans crier gare, sous des voies volcaniques toutes puces dehors, comme si d’un espace en organdi un feuillage en tête à queue oserait paraphraser des errances éternelles.

À CHAOS CHAOS ET DEMI, C.-L. Desguin, La P’tite Hélène Éditions,2018