– Arnaud Delcorte – Poésies –


Suite Canarienne (Novembre 2021)

Sur la tranche du hasard
Laisser pencher le désir
Courber l’imagination
***
Une incertitude au lever des astres
Frisottis dans les feuillages
Un matou passe sa route
Aspire à l’ombre
***
Dominance pourpre sous les paupières
Je vaquais aux rêves ordinaires
Puis soudain un lever de chair
D’une radiance inédite
***
Playa del Ingles
Liberté égalité fraternité
Dans les draps mouvants d’un matin d’armistice
Tes doigts jouent sur mon cou rougissant
***
Essayer à l’aube indécise
De cerner le territoire de tes songes
Ne conserver
Qu’une goutte sous la langue
***
Peut-être aujourd’hui deviens-je l’homme
Que je n’attendais plus
Lorsque dans la frêle lumière des jalousies
Ton corps m’est octroyé sans partage
***
Virage lent sur la courbe des amarantes
Miroitement fluide du cuivre
Au nadir les peaux distillent leur suc
***
Mas Palomas
Quand fuient les grandes nuées
L’aride toucher de nos cuirs
Animaux cherchant refuge dans la nuit
***
L’offrande que tu me fais
Tant espérée tant ajournée
Je la couverai longtemps de mes songes
 
Sous l’autorité de ta paume
Une nichée de baisers prêts à l’envol
***
Curieux comme un enfant
Sanglé à ton corps
Séisme aux rythmes abyssins
 
Trop te regarder
Pour ne plus te voir
***
Ton pied fort se fait caressant
Allongement des secondes
À l’approche de nos Everests
***
Un repentir sur la glissière étoilée
Lèvres disjointes
De tes soupirs aucun ne lasse
Quand vient la délivrance
***
Des moments fragments diamants
Dissous dans l’huile des heures
Essorons l’instant
***
À l’enfance
À l’absence
La réponse incertaine
 
Indivision de la pensée en partage
Poitrail contre poitrail
 
Entre nos pieds je verse
L’eau du petit matin
Et réclame l’usufruit de tes espoirs
***
Laisse tes sandales au seuil
Entre dans la maison du cœur
Va-nu-pieds et mendiant
***
Ne serait-ce qu’une enfance à partager
Un instant de cristal
Un reflet
S’il est de toi
Qu’on m’y oublie

Rythme

Pourquoi nier l’attraction des grands fjords
L’appel éculé du large qui dévoile les sourires carnassiers
Nous sommes enfants d’un rayon d’un battement
D’un son sur les tams-tams de l’air aux tympans
D’une onde rampant dans l’azur devenu marine
Marine à chaque retour de balancier le rythme
L’ivresse loin des alcools des cocaïnes transit de molécules
Dans notre souffle dans nos artères à chaque bon jour
Se relever et au premier soulèvement de paupières savoir
Pourquoi nier l’attraction des grands fjords

(in : Ogo, L’Harmattan, 2012)