mai 11

– Renée Wohlmuth – poésies –

AVEU

Je vais vous faire une confidence :
J’ai passé une Saint Valentin intense,
Agréable, délicieuse, inoubliable.
J’étais bien dans ses bras adorables
Il était doux, il était chaud …
Comme toutes les femmes divorcées, délaissées, esseulées,
J’étais si bien dans les bras de mon canapé.

DIS-MOI

Tu dis aimer mon sourire
Mes yeux qui brillent
Et le galbe de mes jambes
Mais tu ne me dis jamais je t’aime
Tu dis aimer ma douceur
Ma joie de vivre
Et mon enthousiasme
Mais tu ne me dis jamais je t’aime
Pourtant cela fait un tout
Alors assemble ton puzzle
Et dis-moi je t’aime

À DIEU

Tu t’en vas
Et pourtant tu emportes avec toi
Une partie de moi
Mes rires et mes chansons
Mes larmes et mes soupirs
 
Tu t’en vas
Et pourtant une partie de toi
Reste avec moi
Ta tendresse et tes je t’aime
Tes caresses et tes colères
 
Tu t’en vas et pourtant….

SEULE

Depuis que tu es parti
J’ai soif de baisers
J’ai faim de tendresse
La source la plus fraîche
N’étanchera pas ma soif
La friandise la plus douce
N’assouvira pas ma faim
J’ai soif de baisers
J’ai faim de tendresse
Alors j’attends ardemment ton retour.

TOURNE SOL

Je suis comme le tournesol
Chaque matin j’attends l’astre du jour

Je meurs de son attente
Je meurs de son absence

Chaque aurore est une tourmente

une espérance

Ses rayons d’or un éblouissement

une séduction

Sa chaleur une caresse une brûlure

une morsure

Son déclin une peine une tristesse

un chagrin

Je suis comme le tournesol
Chaque matin j’attends l’astre du jour

Déclarations

Lorsque je pense à mes amours d’antan, deux verbes s’imposent à moi comme s’impose une ritournelle obsédante. Deux verbes murmurés, chuchotés, susurrés par des bouches qui m’ont aimée, désirée.
Le premier : « bander » avait le mérite d’être direct, brutal, sans équivoque. Peut-être accompagnait-il un air de java ? N’étant ni bégueule, ni anglaise (how shocking ! aurais-je dû ?) mon esprit gaulois ne le trouva pas obscène comme le qualifie mon ami fidèle le Petit Robert.
Le second : « adorer » me plaçait, pensais-je, parmi les déesses qui peuplent l’Olympe, mais l’éclat des yeux de mes soupirants trahissait le désir violent qui bandait tout leur être.
 
Ceci s’adresse aux dames qui, avec mélancolie, se souviennent et soupirent : « Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle… »
Souvenez-vous, Mesdames, de certains mots prononcés par le Roméo que vous veniez de rencontrer :
En vous prenant tendrement la main, il a murmuré : « T’as de beaux yeux, tu sais… ». Puis, sur la piste de danse, dans le creux de votre oreille, il a susurré : « Pour un flirt avec toi, je ferais n’importe quoi… » Plus tard, devenant plus pressant, et vous invitant à admirer ses estampes japonaises, il a osé dire : « Moi, je veux simplement faire l’amour avec toi… ».
Un certain Serge, alors que nous dansions la Javanaise dans une guinguette du bord de Seine à Paris, a osé me dire crument : « Tu me fais bander. » J’en rougis encore…
Bien sûr, il y a eu les : « Je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément » …Les : « Je t’adore ».
 
Toutes ces déclarations sont usées, alors, l’idée coquine de pasticher Edmond Rostand et sa tirade du nez a fait naitre sous ma plume ce que d’autres messieurs auraient pu dire s’ils m’avaient aimée :
 
– le gymnaste : J’ai une envie folle de te sauter.
– le matheux : Ah ! Être deux et ne faire qu’un avec toi.
– le gourmand : Quel délice ce serait de tremper mon doigt dans ton pot de miel.
– le curieux : Puis-je savoir ce qui, dans ton enveloppe, m’attire si fort ?
– le physicien : Pouvoir enfin fusionner et atteindre avec toi l’état subliminal…
– le géographe : Quand pourrai-je à loisir parcourir tes vallées, tes monts et pénétrer dans ta grotte ?
– le gourmet : J’ai faim de toi, je voudrais gouter ta brioche.
– le spéléologue : Quel vertige ce serait d’explorer ta cavité profonde !
– l’artiste peintre : Réussir un chef- d’œuvre en trempant mon pinceau dans le creuset de ton corps !
– le poète : Laisse-moi, oh ! Muse puiser l’inspiration sur ton Mont de Vénus !
– le révolutionnaire : T’assiéger, te renverser et enfin occuper ta citadelle…
– le terroriste : Je veux bouter ma mèche et t’enflammer.
– l’aventurier : Ton corps comme un aimant attire mon corps. Tu me fais perdre le Nord.
– le métallo : Je veux couler mon acier dans ton haut fourneau.
– le catho : Dussè-je aller en enfer, je veux croquer la pomme.
– l’archéologue : Faire ta découverte, et fouiller minutieusement ton site avec ma pioche…
– le jardinier : Il me faut arroser cette fleur qui se meurt.
– le boulanger : Sous mes doigts, je veux pétrir ton corps et y déposer mon levain.
 
Je pourrais, Mesdames, poursuivre avec le marin, le plombier, l’architecte…mais je préfère m’autocensurer, car cela deviendrait peut-être un peu trop grivois et j’en rougirais.
 
Je vous laisse donc rêver à d’autres déclarations.

VARIANCES

Un lourd nuage noir assiège mon esprit
Je n’ai plus d’énergie je ne puis le chasser
Il charrie avec lui de sombres souvenirs
Il brouille mes pensées il se noie dans mes yeux
Peut-être que demain le fera disparaître
Et dans mon cœur meurtri le calme renaîtra
 
Comme de noirs corbeaux elles se sont envolées
Ces trop tristes idées qui trahissaient mon rêve
Si ton chemin un soir croise un instant le mien
Je veux vivre demain oublier le passé
Regarder l’avenir même s’il est trop court
Et finir avec toi le reste de mes jours

CADEAU

Tes mots
Plus doux que le velours de tes yeux
Plus sucrés que le miel de tes lèvres
Plus forts que l’étau de tes bras
Vibrent en moi comme le plus ardent
Des : « Je t’aime ».

ÉVEIL

Viens ma Douce pose ta tête sur mon épaule
Et loin du tumulte de la ville
Goûtons ensemble le silence
Le souffle sourd du vent dans les branches
Le bruissement des feuilles lutinées
La danse rythmée de l’ondée matinale
Et le concert discret des oiseaux égayés
Viens ma Douce pose ta tête sur mon épaule
Et écoute mon cœur qui bat au rythme du tien.

Arc-en-ciel

en

Arc-                    – ciel
 
La pluie chante sur ma fenêtre
La pluie danse sur le bitume
Joue contre joue nous écoutons
Cœur à cœur nous savourons
Le silence rythmé de la vive ondée
 
Un baiser sec comme un petit coup de bec
Et te voilà partie sous la pluie
Gracile feu follet orangé
Tu cours sous le ciel gris
Tu chantes dans mon cœur
Tu danses sur ma joue
Et la pluie lentement efface ta couleur.

Oui…. Et … Non

Je t’aime, tu m’aimes
Nous nous aimons
Et nous nous marions
Je l’aime, tu l’aimes
Nous les aimons
Alors nous divorçons
Et nous nous remarions.

Illusion

Est-ce de m’avoir trop regardée
Que tu t’es brûlé les yeux
Tes yeux si doux si bleus
Que le désir a souvent fait briller

Que vas-tu imaginer misérable tyran

Mon regard n’est plus tourné vers toi

Je préfère de loin les jolis minois

Qui n’ont pas comme toi quatre fois vingt ans

Crois-tu que c’est l’éclat de tes yeux
Qui attire ces tendres jouvencelles
Leur regard louche vers ton escarcelle
Et peu leur chaut que tu sois vieux

Peu m’importe cela je veux être dupe

Penser que j’ai encore vingt ans

Et que ce sont mes cheveux blancs

Qui attirent ces gentes demoiselles

Tableau Nocturne

Je te crée au gré de mes fantasmes
Et je me fonds en toi qui m’enserres dans tes bras.
Bercée par ta voix que je module
Je danse au bord de tes paupières
Et tes cils déposent sur ma joue un long baiser papillon.
Je me noie dans l’eau claire de tes yeux
Qui tisse sur ma peau un soyeux voile de lune.
Je peins sur ta bouche le miel le plus sucré
Qui colore mes lèvres d’un suave parfum de fleurs.
Tu es né de mes fantasmes
Et tu meurs dès que le jour paraît.

Les Larmes D’Ariane

Qu’as-tu fait Ariane pour mériter ton sort ?
Séduite par Thésée, insensée tu l’aimas.
Bercée par ses serments, tu lui abandonnas
Ton cœur, ton âme, ta vie, tout cela sans remords.
 
Naïve déesse aux belles tresses d’or
Ton cœur maudit Thésée à qui tu te donnas.
Père, frère, patrie tu lui sacrifias
Pour que du Minotaure il obtienne la mort.
 
Tu as aidé Thésée, ce fourbe, ce menteur.
Grâce à ton stratagème il put sortir vainqueur.
Mais hélas, te voilà délaissée et trahie
 
Sur l’île de Dia tu pleures ton amour
Tu implores les dieux pour qu’ils prennent ta vie
Mais Bacchus te promet de veiller sur tes jours.

Éveil

Viens ma Douce pose ta tête sur mon épaule
Et loin du tumulte de la ville
Goûtons ensemble le silence
Le souffle sourd du vent dans les branches
Le bruissement des feuilles lutinées
La danse rythmée de l’ondée matinale
Et le concert discret des oiseaux égayés
Viens ma Douce pose ta tête sur mon épaule
Et écoute mon cœur qui bat au rythme du tien

Clair-obscur

Ton absence épouse l’infini du temps
Piquée sur un ciel de velours
Vénus scintille au coin de ma fenêtre
Clin d’œil d’une amie restée fidèle
La lune s’est perdue dans le ciel sombre
 
Lueur blafarde au milieu des cyprès noirs
Dans le jardin un chat solitaire miaule
Irritante complainte pour le silence brisé
Ma main sous les draps blancs te cherche
Rêve fugace pour un cœur esseulé
 
Demain le soleil paradera dans un ciel neuf
Feu vibrant au sommet des cyprès dorés
Un vol de mésanges s’égaiera dans les buissons
Gazouillis charmants pour un triste réveil
Ma main sur l’oreiller cherchera ton visage
Caresse furtive et vaine destinée à l’absent

Pourquoi ?…

Pourquoi viens-tu si tard ? La Parque déjà agite ses ciseaux.
Soleil de mon couchant, tu éclaires ma nuit qui lentement approche.
J’aurais tant voulu encore, avec toi, jouir de mille choses :
Poser ma tête sur ton épaule et, sur le petit pont de bois,
Écouter la chanson claire de l’eau sur les rochers.
Deviner, entre tes bras, la pluie et son murmure de soie froissée.
Au creux de ta main, dans le verger, croquer une pomme à la robe étoilée.
Me blottir contre ton corps devant l’âtre où rougeoie un feu parfumé.
Et deviner encore, au profond de tes yeux, le cri de ton silence forcé.
Pourquoi viens-tu si tard ? La Parque déjà agite ses ciseaux.
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Empreintes de pieds nus…

Empreintes de pieds nus
Sur le sable doré
Vers l’Océan gris
Où tout s’oublie

 

Griffures de mains d’homme
Sur le corps bronzé
Vers le lieu secret
Où tout vibre et frémit

 

Baisers durs et mordants
Sur les lèvres serrées
Vers le cruel plaisir
Où tout se brise et meurt.

Un train s’arrête…

Un train s’arrête
Le quai se vide
La nuit s’enfuit
L’aube fleurit
Je suis seule
 
Un train s’éloigne
Le quai se vide
Le ciel bleuit
Le soleil luit
Je suis seule
 
Demain je reviendrai
Demain je t’attendrai

Je traîne mon ennui

Je traîne mon ennui
Comme un forçat son boulet
Ma couche froide a gardé
Le creux profond de ton corps
Mes jours sans soleil
Et mes nuits tourmentées
Ravivent le souvenir
Du feu de tes mains
De l’éclat de tes yeux
De nos silences complices
De nos serments chuchotés

J’ai mal à t’attendre

Adieu ou au revoir

Adieu ou au revoir
Qu’importent les mots
Puisque tu pars
Et que le plus jamais
A chassé le toujours.
Nos rêves, vibrantes lucioles,
Ont brûlé à l’ardeur de nos désirs
Et le passé vorace dévore notre avenir.
Je t’ai offert mon cœur et mon âme
Tu désirais la mer et les étoiles.
Alors va et que l’adieu ne soit qu’un au revoir

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