– Pierre Guérande – Poésies –


Genesis

Au Dr Lise Thiry

Corolle, caducée,
Torsade, sainte vrille,
ADN, double hélice,
Echelle de Jacob,
Cordée du Saint des Saints,
Unique main tendue
Depuis le fond des âges,
De la fronde aventure.
 
Genèse autocentrée,
De l’antenne espérance,
Douceur tourbillonnante
Au fond d’un regard griffe,
Corps à corps onduleux,
Volute irrésistible,
Filin de descente aux enfers,
Nœud coulant de nos entropies.
 
Rosace arborisée
De ses rousses crinières
Derviche enfin tourneur
Des rites autonomes,
Péristyle étiré
Des miroirs animistes,
Rivage à tout jamais ourlé
De friselis d’écume
Et de mémoires ancestrales.
 
Ainsi, diascévaste,
Evoque-moi le jour.

Rivages gris des Cornouailles

Figée pour mieux mourir en vestale éternelle
la roche en Cornouaille est trouée de vertiges
sans fin renouvelés par la vague cogneuse
et les vents goudronneux sur la piste du large
 
Le rivage ne tient que par la grâce ultime
des mouettes filant sous l’averse d’argent
et par le lit d’écume au fond des phalanstères
où nichent les embruns dans l’agonie des vagues
 
La falaise fractale ébranle les assauts
furibonds et bientôt l’escarmouche ruineuse
Toutes ont pareillement droit de cité pérenne
en leurs enclos minés de palanques bravaches
 
Les sentiers sont noueux dans la jeune bruyère
Il suffirait d’un pas de trop dans l’herbe vierge
pour retrouver l’errance ailée du visionnaire Icare
vouée au rêve fou d’un pur égarement

Sphinx ou Héron

Il vient du pays des énigmes
sphinx ou héron allez savoir
Il pose pour Giacometti
regard lointain indifférence .
Il tient de l’armure et du prince
un fuselage séculaire
gris-perle savamment lissé
apesanteur et gravité
 
Sentinelle des fraîches eaux
bleu samouraï des roselières
il se défait de son ego
pour n’incarner que son lignage
 
Il veille à n’avouer jamais
quel moment prévaudra
pour son envol ostentatoire
subreptice et vif soulèvement
 
Il réinvente l’immobilité
entre deux glissements muets
vers un ailleurs d’enivrement
et de solitude héraldique
 
Il vole un temps à hauteur d’homme
assez pour que l’incise du départ
laisse stupéfaits les marmots
cachés dans le feuillu des berges
 
Fine lame au ras des étangs noirs
Il laisse à l’abandon ses ailes
Et s’offre à changer en statue
Sa masse frêle et ses bras refermés