octobre 6

– Michelle Dantine – poésies –

Transfrontalier

La nuit du changement d’heure entre hiver et été
D’une mère couleurs et parfums métissés
Et d’un père un peu sec, un peu blanc, un peu froid
Je suis né à Bruxelles, capitale tout sauf moi
Belge, flamand, berbère, rien ou un peu tout ça
Zinneke tu connais ? Le bâtard bruxellois
Et bilingue, et trilingue, sans compter le verlan
Tous ces langages sont miens, aucun ne l’est vraiment
Prix du plus beau bébé, trophée sport à l’école
Exotisme assuré, c’est à lui qu’on se colle
Avec des yeux pareils, il fera des ravages
Question ravages, ça va, j’ai pas mal assuré
Et j’ai pris tout en vrac, la peur, la haine, la rage
Mais tu le sais, toi, non, un jour il faut payer
Je peux même pas m’ vanter d’avoir connu le ghetto
Plutôt banal comme mec, des épines sous la peau
P’tit garçon, p’tite maison, petit quartier, eh ouais
L’idéal des familles qu’est-ce que je te disais
Avec boucherie halal et épicerie kasher
Ici tu vas trouver de tout et pas trop cher
Même les grammes y sont généreusement pesés
Si tu regardes pas trop à quoi ils sont coupés
De quoi faire du bébé qui promet, en deux temps
Le merdeux qu’a pas voulu rester dans le rang
Le rang, j’ai craché l’ mot, c’est lui qui m’empoisonne
Mais personne a jamais voulu m’y accepter
Tout au départ déjà, le jeu était truqué
Tu rêves gars ? Tes cartes ! Et vas-y mets ta donne
Méthadone c’est ça, c’est tout c’ que t’as trouvé ?
On me demande Respect à chaque coin de rue
Et le respect pour moi, je me le fous au cul ?
Entre le père et la mère sur la photographie
Bientôt plus que la mère, le grand sec est parti
Il s’est tiré, papa et maintenant je fais quoi
Garde alternée, ils ont tout décidé pour moi
Mais avec ce bouffon qui n’en a rien à foutre
Du gamin d’un soleil qu’il a laissé tomber
Pour un écart, lui qu’avait bien tracé la route
Pour une erreur qu’il a jamais su pardonner
Non t’en fais pas maman, moi je te laisserai pas
Je fais ce que j’ peux ‘man. Entre pétard et métha
Wollah je l’ jure maman, y a une grosse place pour toi
Juste un peu de blé ‘man, allez c’est samedi quoi
Carte de membre, svp, sans quoi on n’entre pas
Ok man, bien compris, j’ vais aller voir ailleurs
Ailleurs c’était pas loin, j’en ai pris pour six mois
Rapport pour bonne conduite, peut-être tu sortiras
Et d’ici là les mecs, j’espère avoir trouvé
L’endroit où je n’ serai plus le transfrontalier.

Transgares

( Michelle Dantine et Edmond Delvenne )

Bruxelles, gare du Midi, sous mes pas, les dalles de marbre poussent plus vite que les prés et les arbres. Où sont les parfums de mon enfance ? L’odeur du chocolat me manque. Le T.G.V., je m’en balance, car mon compte en banque se calcule en négatif, légère différence avec tes européens navetteurs… On peut être pauvre et malgré tout travailleur. Bruxelles, gare du Midi, où on déroule un tapis, rouge de sang ou de honte, sous les pas des nababs de ce monde, pendant qu’à la gare centrale s’étalent sur le sol, mendiants de toutes sortes autour d’un bol de soupe populaire, ivres de bières ou de misères…
 
Tu marches dans le couloir de la gare Centrale. Pile au milieu : tu as compté les carreaux. Tu penses que si tu avances bien au centre de l’allée crasseuse, c’est là que l’odeur de pisse sera la moins violente puisque tu circules à l’exacte distance entre les deux murs. A moins que là, au juste milieu entre les parois, l’air que tu déplaces en progressant forme une turbulence et que le choc entre les relents se croisant précisément à équidistance des murs, justement là où tu as décidé de marcher, ce choc n’exalte leur essence et te renvoie exactement à ce que tu voulais éviter. Ainsi, ce que tu fuis avec détermination, ce que tu fuis parce que c’est ta nature profonde, tout ce que tu fuis te pète un jour à la gueule.
 
Quittez la gare centrale, traversez Bruxelles et découvrirez ces demoiselles dévêtues qui vous attendent au coin de la rue ou le long des avenues. Elles s’exposent dans les vitrines sous des spots mauves qui les illuminent. Elles habitent la gare du Nord, ce sont des princesses d’amour. Elles recouvrent de leurs corps la laideur des faubourgs.
 
La nuit du changement d’heure entre hiver et été… D’une mère couleurs et parfums métissés et d’un père un peu sec, un peu blanc, un peu froid, je suis né à Bruxelles, capitale tout sauf moi. Belge, flamand, berbère, rien ou un peu tout ça, Zinneke tu connais ? Le bâtard bruxellois ! Et bilingue, et trilingue, sans compter le verlan, tous ces langages sont miens, aucun ne l’est vraiment. Prix du plus beau bébé, trophée sport à l’école, exotisme assuré, c’est à lui qu’on se colle… Avec des yeux pareils il fera des ravages. Question ravages ça va, j’ai pas mal assuré ; et j’ai pris tout en vrac, la peur, la haine, la rage. Mais tu le sais toi non, un jour il faut payer. Je peux même pas me vanter d’avoir connu le ghetto. Plutôt banal comme mec, des épines sous la peau.

Plutôt banale comme dame, celle assise auprès de sa canette. Regarde bien, elle a le vague à l’âme, elle s’appelle Violette. Violette n’a plus de courage pour vivre et elle en a encore moins pour mourir. La vie, les gens, elle s’en fout. D’ailleurs elle se fout de tout… de ce que sera son lendemain, et de ce présent qui n’existe plus ; depuis janvier, son présent, c’est la rue. Violette, dis-moi où se perd ce regard bleu, vide, triste et hagard ? Vers ton amie, sous tes yeux décédée de n’avoir pas vu l’auto qui l’a écrasée ? Vers ces  » Bonsoir  » restés sans réponse ? Vers ces  » Casse toi  » qui semoncent ? Brûle le linceul de ton passé. Entre naître et mourir, il y a beaucoup plus qu’une longue absence. Le suicide n’est qu’une mort lente.
 
Petit garçon, petite maison, petit quartier, eh ouais, l’idéal des familles qu’est-ce que je te disais ? Avec boucherie halal et épicerie kasher, ici tu vas trouver de tout et pas trop cher, même les grammes y sont généreusement pesés, si tu regardes pas trop à quoi ils sont coupés. De quoi faire du bébé qui promet, en deux temps, le merdeux qu’a pas voulu rester dans le rang. Le rang, j’ai craché le mot, c’est lui qui m’empoisonne, mais personne a jamais voulu m’y accepter. Tout au départ déjà, le jeu était truqué. Tu rêves gars ? Tes cartes ! Et vas-y mets ta donne. Méthadone c’est ça, c’est tout ce que t’as trouvé ? On me demande Respect à chaque coin de rue, et le respect pour moi, je me le fous au cul ?
 
Respecte tes parents ! Respecte tes professeurs ! Respecte le Monsieur ! Respecte ta petite sœur ! Reste dans le rang ! Respecte le Directeur ! Tiens-toi droit ! Respecte l’État ! Respecte les lois !

Crie avec moi… je suis LIBRE !
 

Entre le père et la mère sur la photographie, bientôt plus que la mère, le grand sec est parti. Il s’est tiré papa et maintenant je fais quoi ? Garde alternée, ils ont tout décidé pour moi. Mais avec ce bouffon qui n’en a rien à foutre du gamin d’un soleil qu’il a laissé tomber, pour un écart, lui qu’avait bien tracé la route, pour une erreur qu’il a jamais su pardonner. Non t’en fais pas maman, moi je te laisserai pas. Je fais ce que je peux ‘man. Entre pétard et métha, wollah je le jure maman, y a une grosse place pour toi. Juste un peu de blé ‘man, allez c’est samedi quoi,.. Carte de membre svp, sans quoi on n’entre pas. Ok man, bien compris, je vais aller voir ailleurs, ailleurs c’était pas loin, j’en ai pris pour six mois… Rapport pour bonne conduite, peut-être tu sortiras. Et d’ici là les mecs j’espère avoir trouvé l’endroit où je ne serai plus le transfrontalier…
Tu marches dans le couloir de la gare Centrale. Pile au milieu. Tu avances bien au centre de l’allée crasseuse, à l’exacte distance entre les deux murs. L’air que tu déplaces en progressant forme une turbulence qui devrait te renvoyer exactement à ce que tu voulais éviter. Mais il n’en est rien.

Car maintenant tu t’en fous…

Humanitude

Pendant douze heures par jour je casse des pierres
Moi j’extrais de l’or et du fer
Et moi je ramasse du coton
Moi toute la journée je respire du béton
Moi je dépéris dans la mine
Moi je soude et je lamine
On a bombardé mon magasin
Moi on a massacré tous mes voisins
Je trouve mes champs dévastés
Moi je vois mes bêtes assoiffées
Mon île a été engloutie
Moi depuis longtemps j’attends la pluie
Et moi je ploie sous la charge
Moi je grandis dans la décharge
Moi je suis obligée de me vendre
Et moi je n’ai rien dans le ventre
On m’a volé à mes parents
Moi je subis un père violent
Moi ma maison est en carton
Et moi je reçois des coups de bâton
Moi je dors sur un trottoir
Moi je vois mes gosses au parloir
Moi je travaille à la chaîne
Moi je gagne 10 € la semaine
Moi je m’épuise dans la carrière
Et moi j’étouffe dans la poussière
Parce que je suis gay on me persécute
Et chez moi on torture et puis on exécute
J’ai perdu ma jambe en marchant sur une mine
J’ai vu mes enfants mourir pendant la famine
Et moi je suis analphabète
Moi sept jours sur sept je vends des allumettes
Moi à huit ans je porte déjà un fusil
Et moi j’ai dû renier ma famille
Moi je suis condamné à l’exil
Et moi je cherche une terre d’asile
 
On m’a balancé dans un charnier
Moi je suis mort et pas enterré
Ma dépouille a été jetée en pâture aux requins
Mon cercueil à moi est un sous-marin
Moi j’étais pourtant contre la violence
Pour moi on a fait une minute de silence
Mon corps a dérivé des jours entiers dans l’océan
Moi on m’a retrouvé vidé de mon sang
Pour moi on a fait un discours posthume
Moi on a jeté mes cendres dans l’écume
Moi j’ai pour épitaphe : clandestin
Moi je n’ai pas eu un très long destin
Une école porte mon nom
Moi je suis dans le cimetière de la prison
Et moi mon enfant est né sans père
Moi j’ai subi le sort des sorcières
Je suis dans une liste de victimes
Le 11 novembre ma flamme se ranime
Moi j’ai été inhumé dans mon couffin
Sur ma tombe à moi on a planté un jasmin
Il n’y avait personne à mes obsèques
On a donné mon nom à une bibliothèque
On me cite à la commémoration aux mineurs
Moi on a planté un arbre en mon honneur
Moi je suis tombé sous les balles
Pour moi on a décrété un deuil national
Mon nom est gravé sur un monument aux morts
Moi j’ai été exécuté à tort
 
Et moi on m’a décoré post mortem
Moi j’ai mon nom sur un mur à Jérusalem
Moi je ne connais pas le nom de mon assassin
Moi j’ai laissé une femme et quatre orphelins
Sur mon corps on a dit : n’oubliez jamais
Et moi avec mes os on a fait un remblai
Ma tombe à moi a été profanée
Moi des années plus tard on m’a réhabilité
Sur moi on a pratiqué une autopsie
Moi je voulais reposer dans ma terre de Russie
Pour moi on a prononcé un hommage
Et moi dans les églises on trouve mon image
Moi je n’ai pas eu le temps de recevoir un nom
Moi devant mon cercueil on a demandé pardon
On a fait de moi un martyr
On me laisse enfin dormir
Moi je n’ai pas eu le temps de recevoir un nom
Moi devant mon cercueil on a demandé pardon

décembre
2017

Le blues du généraliste

Christophe Lefort, grande distinction
Un des premiers de la promotion
Serment d’Hippocrate, accolade
On dit adieu aux camarades
Diplôme en main, entrée en piste
On est médecins généralistes
Sept ans d’études, faut s’accrocher
Pour réaliser un rêve d’enfant
Depuis toujours je veux soigner
J’ai même contenté mes parents
Volontiers la banque m’accorde un prêt
J’investis tout dans le cabinet
Je choisis le meilleur équipement
Je suis jeune, enthousiaste, un gagnant
Je suis heureux, je vis, j’existe
Je suis médecin généraliste
Consultations l’après-midi
À domicile la matinée
Sur rendez-vous le vendredi
Un court week-end pour me reposer
Bien sûr je suis conventionné
Je pratique le tiers payant
Heureux, mais un peu fatigué
J’ai l’estime de tous mes patients
Ça fait dix ans que je résiste
Je suis médecin généraliste
Le temps passe et d’année en année
Je travaille toujours plus tard
On nous inonde de papiers
On nous colle des amendes de retard
On nous menace de sanctions
On nous harcèle de contrôles
Ma carrière qui était une passion
Je commence à la trouver pas drôle
Entre angines, infections et kystes
Suis-je encore un généraliste ?
Vingt ans que j’ai quitté la fac
Vingt ans que je ne prends pas le temps
Je deviens hypocondriaque
Je sens que je glisse lentement
 
Les circulaires du ministère
Les mises en garde de De Block
Les papiers, la compta à faire
Et les patients, du toc en bloc ?
Je n’étais pas venu en touriste
Je suis médecin généraliste
Je ne suis pas un fonctionnaire
Un poussiéreux, un gratte-papier
Dis Maggie, t’as rien d’autre à faire
Que de venir nous harceler ?
J’ai dû me rendre à l’évidence
J’allais craquer, j’ai arrêté
Le temps de reprendre confiance
J’avais d’abord pensé me flinguer
C’est ma femme qui m’a soutenu
Je voulais pas lâcher mes patients
Elle m’a dit « si tu continues
Tu partiras les pieds devant
Tu seras le premier sur la liste
Adieu, fini le généraliste »
J’ai décroché pendant trois mois
Fallait, c’était Maggie ou moi
Je me foutais du manque à gagner
Mais les malades étaient largués
Y en a beaucoup qui m’ont écrit
Ils reviendraient quand je serais guéri
Je pleurais comme un petit enfant
Je paniquais en m’endormant
Je voyais des faces dévastatrices
Qui disaient : t’es qu’un généraliste
Bienheureux si tu t’en relèves
Ici des fois c’est marche ou crève
J’en ai bavé, mais un matin
J’ai repris le chemin du cabinet
Tu comprends, quand on est médecin
On est le dernier à se soigner
Sans doute il fallait que ça m’arrive
Beaucoup appris, et même pas triste
Tout ça il fallait que je le vive
Je suis un putain de généraliste

Un déménagement

Un déménagement ! Le gros mot est lâché
Je me demande comment j’arrive à le prononcer
Moi qui ne supporte pas un placard entrouvert
Moi qui gueule sur les gosses pour un slip à l’envers
Des miettes sur le tapis me rendent parano
Un objet sur le lit et me voilà K.O.
En évoquer l’idée me donne des boutons
Et me fait éructer « Enfer et damnation ! »
J’imagine le chantier que sera la baraque
Alors soudain je tremble, je frémis, bref je craque
Pour moi qui déménage une fois tous les vingt ans
Tout Amélie Nothomb en pile sur le divan
Et les fauteuils poussés au milieu de la pièce
Parce que tout autour on empile des caisses
Dont on a oublié ce qu’on y avait mis
Non vraiment je vous assure c’en est trop les amis
Les tableaux décrochés et les marques sur les murs
Les bibelots emballés dans des boîtes à chaussures
Cuisine et salle de bain, cave, garage et bureau
Faire couper téléphone, électricité, eau
Sans compter les couloirs, les recoins, les paliers
Le vestiaire, la douche, corridor et grenier
Un déménagement, mais pour quoi faire voyons ?
Tu n’es pas bien ici, tu n’aimes pas cette maison ?
L’herbe serait donc plus verte à Watermael-Boitsfort
S’il te plaît, réfléchis, fais un petit effort
Moi je pars chez mon psy, ça te laisse un peu de temps
Pour revoir ta copie sur ce déménagement
Entre-temps on pourra si je suis devenue dingue
Choisir entre la corde, le cutter et le flingue
Et si grâce au toubib je ne pète pas les plombs
Promis, je lui laisse tous mes Amélie Nothomb.

Et blablabli et blablabla

Je parle je cause je jacte j’arrive pas à me taire
Quoi qu’il se dise il faut que j’ fasse un commentaire

Attention vous m’avez accordé le micro
Trois minutes et mon œil pas assez mes cocos
Je suis bien décidée à vider mon chargeur 

Pour me virer il faudra vous mettre à plusieurs

C’est vrai je l’ reconnais ça ne date pas d’hier

Au début mes parents en étaient plutôt fiers
À quelques mois déjà j’étais une vraie pipelette
Dans mon landau mon parc mon berceau ma poussette

Il fallait que je l’ouvre pour dire n’importe quoi
Du moment que la seule à parler c’était moi
Avec l’école bien sûr ça ne s’est pas arrangé
Surtout qu’ là fallait s’ taire et c’était pas gagné
J’en avais des sueurs des tics et des malaises
Je n’ tenais pas en place demandez à ma chaise
Ah faire un exposé ça c’était trop mon kif
Mais la moitié d’ la classe s’était mise sous certif

À l’idée de subir mes envolées lyriques
Puisqu’y avait pas moyen de me couper la chique

Si rien à dire pas grave je disais blablabla

M’écouter pour les autres rel’vait d’ l’apostolat

D’ la vocation du masochisme d’ la pénitence
Mais c’est plus fort que moi il me faut une audience 

Un jour on me surnomma même Fidel Castro
Mon rêve un discours de huit heures en stéréo
Et mon cas empirait plus je prenais de l’âge
Je réussis à me lancer dans le doublage
Aussi sec je décide de jouer tous les rôles
On m’expulse on me vire bref personne trouve ça drôle 

Alors je change de taf pour un autre bien bruyant
Qui me permet d’ l’ouvrir à l’aise en travaillant
J’ m’achète une oreillette qui en fait n’est qu’un leurre

Mais qui m’ permet d’ parler partout et à toute heure
J’ dégoise dans mon sommeil sous la douche je caquette

J’ m’exprime je déblatère toute seule j’ fais la causette 

Aux frontières la meilleure chose qui puisse m’arriver 

Qu’on me d’mande si j’ n’ai vraiment rien à déclarer
Oh que si je réponds, et je déballe mon vice
Pour me r’trouver au trou cuvant mon cannabis
Ce travers m’a causé bien des déconvenues
Finalement j’entendais plus qu’un seul mot salut
Du coup il me fallait assurer ma survie
C’est là que j’ai découvert le Grenier Jane Tony
Alors merci public de m’avoir écoutée
Merci de m’avoir bien laissé déblatérer
Et si un goût d’ trop peu te reste dans la bouche

Rejoins-moi au foyer je t’en r’mettrai une couche

Coq en croque

Le coq est un coquin c’est un curieux coco
Casse-croûte marqué d’une croix décalquée au cuissot
Dans la casserole cuira : curcuma et curry
Carnage concocté avec des croûtons cuits
Calife qui caracole en sa cour c’est un cas
Racaille caille ou caill’ra, au vin ou au coca
Car comme on l’a conté le coq est condamné
Condamné comme cramé c’est kif-kif c’est croqué
Quand il croit qu’il est cru il est encore cocu
Puisque quand il est cuit il ne caquette plus
Le coq en conséquence s’est cru cool au cocon
Quoiqu’en causant du coq, c’est criant qu’il est con
Et qu’ayant déféqué sa cafardeuse crotte
Coq décantera et cartonnera dans la cocotte
Coucou sacré crétin pourquoi t’es trop craignos
Qu’on y croie qu’on en cause qu’on l’ cuise au calvados
Le coq même crevé criera cocorico
Que le grand cric me croque si j’ai cassé Sarko

Dalidade

Dans le dernier Éden dédié à Dalida
Doux dédale de dunes, dahlias et résédas
Encadrements dorés, doudous dédicacés
Documents démodés, dvd et cd
Disques d’or décalés, diadèmes disco
Mélodies modulées dans le monde adagio
Deux dandies décidés, Donnadieu et Didier
Débarquent, plein d’idées de déco débridée
Décadents demi-dieux, diamants durs en dedans
Ces Adonis candides, délurés cependant
Dédaignant l’idéal discordant des ados
Défendent leur idole, fidèles desperados
Amandier, dracaena et dur rhododendron
Doublés de digitales dardées de dents-de-lion
En une débandade aux démons dérobée
Dans un divan de jade ces deux dévergondés
Doués et désireux de doper la déco
Redoublent de doigté en un dansant duo
Déroulent des rideaux aux dais de bayadère
De Madrid à Gadès un doux débarcadère
Didier et Donnadieu fadas de Dalida
Décuplent libido et se vident un soda
Et dans la décadence du don à leur idole
Ils débandent en douceur leur dos de discobole
Deltoïde tendu doucement se débride
Abducteur et radial redeviennent timides
Et d’une divine ode à cette double idylle
Ils distillent dare-dare l’odeur indélébile
Madone mandragore, credo barracuda
Défonce dans l’air dense des pédés candidats
Dans un dernier désir dédié à leur déesse
Nos deux Dédé d’amour décontractant leurs fesses
Ivres de datura distendent l’édredon
Hydre des draps, docile au dodu Cupidon.
Déboulant sans défaut direction suicidés
Ils défont le cordon avant de demander :
Dis Dalida, tu dors, dans ton eldorado ?
Un délicieux décès pour aficionado…

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