novembre 22

– Lysztéria Valner – poésies –

Présentation…


Elle croit… qu’elle était déjà
là,
quand l’Autre pour passer le temps
dévorait ses enfants.
Qu’elle était la lyre qui regardait Eurydice
Elle croit qu’elle était les mains de Médée caressant ses enfants
….et ainsi passe le temps !
Qu’elle est la fille d’Ulysse,
qu’elle était les yeux de l’Aveugle qui chantait devant Troie.
Elle a dit: « Tu vois? »
Elle croit qu’elle est née du narcisse
quelque part sur les bords de la Lys
où on la croise de temps en temps.
Elle croit qu’autrefois, en un autre temps,
elle était suspendue à la Kabba,
qu’elle était une canaille dans le ventre d’Al Madina,
qui a pour nom Omar Khayyâm… ou Adonis,
et qu’elle était, déjà, les yeux d’Anubis.
Que c’est elle qui a donné l’alerte quand elle vit Apophis
couché sur le ventre d’Eden
Que c’était le son de ses pas que l’on y entendait
quand l’Autre y marchait
avec les pieds d’Adam !
Elle croit que le sang n’a pas d’odeur
ou alors celui d’une clameur
qui ne dure qu’un instant.
Elle a dit qu’elle est née de l’Harmattan,
que c’est elle qui renversa les Cités ;
Qu’elle souffla sur Jéricho l’effrontée,
qu’elle repeint des pigments de Damas
et des bleus d’eau d’Antonin Artaud.
Elle dit: « c’est moi qui ait aveuglé Tirésias et rendu muet la parole d’Esdras.
Je suis l’hostie noire et le chemin de vie….
…mais ils ont pris
pour idole un veau! »
Elle croit qu’elle est une fleur de sang éclose sur la prairie des nuits inverses,
qui bouillonne à gros sang par les vertes journées d’averses.
Elle croit qu’elle est un chancre qui pousse sur les parchemins d’un retour au pays natal
….qu’on l’y croise souvent…
…qu’on l’y croisa de tout temps,
en compagnie des soeurs Nardal
et de Tristan Corbières.
Elle croit que son triste coeur en bière
oh,oh,oh, méritera bien Les Halles.
Elle croit qu’elle a vu la Lune bien avant 69,
souviens toi qu’elle était, déjà, Lave en 79.
Elle dit:  » Je suis le Omar de Nerval qui s’est perdu sur la lune
et la dormeuse du val qui hulule sous les dunes! »
…………………….Alors ?
toujours le petit mort…pourrire ?

De Villon à Damas: Au clair du parchemin

[Fredonner « Au clair de la lune » jusqu’à « prête moi ta plume pour écrire un mot », puis commencer la lecture]


Sorti de mes songes levantins
de mes océans perchés et incertains
elle m’accueillit
aux rives desséchées
d’une page abimée
et me dit:
J’ai toujours voulu être ribaude,
amie des chairs ennuyées en maraude.
De Monsieur, l’on me dit,
qu’il est un poète maudit
fils d’une putain
couchée aux creux des parchemins.
Et pourtant voyez-vous,
il vous faudra bien, vous aussi,
allez pisser un coup
aux jolis culs des filles.
Je répondis:
c’est un mal dit;
une vraie male édiction,
savez-vous, que de porter l’érection?
Je vais vous en contez
les glorieuses imperfections
à mots cavez,
débués et lavés
sous un soleil desséché et noirci
comme vous le dirait Villon.
Mais elle m’interrompit
d’un mot arraché à sa barbe et ses sourcils
Pourquoi à ce corps
ne point donner ce qui lui revient,
ce qui le dévore?
Puisqu’il vous faudra bien,
à mots bâtards et païens
Vous aussi
allez pisser un coup aux filles?
Je l’entendis en corps
vous avez dit encore?
Mais c’est moi,
qui cette fois,
l’interrompit d’un trait salin
couché en lettre d’or dessous le parchemin.
Vous n’avez donc toujours pas compris?
dis-je
qu’il est tout entier là le prodige
qui veut
ce que veut … …
et aussi, ce que Dieu veut.
Et,
Que la distance la plus grande?
C’est quand les corps sont les plus rapprochés!
Elle reprit,
à mots de cendre,
je vous suis,
mais me laisserez-vous descendre
comme une soie plissée
sur votre corps endoloris,
votre âme infortunée
et votre coeur en maraude?
Vous savez, j’ai toujours rêvé d’être ribaude.
Je la suivis
alors à l’orée du lire
puisqu’il me faudrait bien
en culbuter la cire
jouer au fou
et pisser un coup
sur mes parchemins
stupides et blêmes
comme cette vie putride et bête
que tu m’as faite
où toute Hélène est un noème.
J’étendis donc la main
dessus la poitrine nue et lointaine
chaude et tout aussi vaine
que ne l’est l’encre sans parchemin.
Et d’un coup de plume
d’un trait de reins
au tracé nocturne
perçant le parchemin
elle saisit enfin
ce qu’a de vain la lune
et la lueur de ses seins
au clair du parchemin.

[reprendre « Au clair de la lune » jusqu’à « mon ami pierrot »]

Le Sonnet de longue haleine

Avec de l’encre bleu et puis un peu de sang
Aussi un peu de pu dont le blanc charogneux
De nos noires vertus ou les verts ouragans
De nos passions cyans dont les liquides visqueux
S’échappent en grimaçant de la plaie indivise
Mais néanmoins charmante de la plante gélive
Qui au soleil riant parmi l’or des métives
Et des vendanges issantes sur le lin des banquises
Iront en s’enivrant dans l’ocre des moussons
Où nous irons dansant sous l’écru des comètes
Avec du feu en tête à l’affût des saisons
Résonnant du bourdon et du cri de la bête
À l’ombre imparfaite brillant dessus Tolède
Comme le gentil dragon y succombe puis y cède.

Dominus Vobiscum

Et Babylone appelle ! Au jardin des délices
Pousse l’obscur mancinelle. Une nuit de Walpurgis
Où voltait les lucioles au souvenir de Sodome
Parcourue par les trolls – « Dominus Vobiscum »
 
Criait l’auteur du crime, « Évohé, Évohé »,
Lui répondait Éris et tous les élohims
Sur leurs catoblépas piétinant La Médée.
 
Au loin quelques cobras et une vierge folle
Discutaient de l’automne et d’un conte des frères Grimm
Où la Môme Cracra en son par lé créole
 
Devisait des abeilles et puis du Rwanda
Du destin des soleils d’Auschwitz à Muhanga
Quand volait les lucioles au souvenir de Sodome
Parcourue par les trolls – Dominus Vobiscum !

Ballade pour Walt Whitman

Une ballade pour Walt Whitman par sente et sentier
Et des bottes crottées sur la mer d’une vie tzigane
À courir la Louisiane l’automne en ses ruisseaux
Sous une pluie d’été parmi ronces et roseaux.
 
Une ballade déformée – Au loin m’attend une femme-
Dont les mains sont usées et les larmes animales
Et qui geint dans la nuit parmi les herbes folles
Jusqu’au petit matin dans des vapeurs d’alcool.
 
J’en ai vu des indiens, des nègres évanouis,
Et puis des ventres creux et des nuques affranchies
Qui priaient tous les saints, surtout les plus hideux !
 
Une heure pour la folie et une autre pour ma joie
Puis j’y foutrais le feu comme le comte d’Artois
Pissa sur son pays par un jeudi venteux

Reprenez mon âme et jetez la aux vautours

(Sonnet inverse pour George Floyd]
 
Oui ! Reprenez mon âme, jetez-la au vautour
Vous qui jetiez au four nos noirceurs lacrymales
Qui n’aviez pas une larme quand nous dansions nos drames
 
Ni blancs, ni pur regards, lorsque l’Homme à toute force,
-Et comme femme que j’ouïe et vous crie toute sa peine-
Vous disait, mon ami, vois, comme sont noirs nos jours
 
Reprenez mon âme et jetez-la aux vautours
Nous irons tous au four sans trop en faire un drame
Oh! Georges c’était ton tour et tous les temps se vannent
Dans la meule des Mânes ou sous le genou des jours.
 
Et c’était ton destin, j’ignore encore le mien…
Nous avions fait un rêve -pourtant encore j’y tiens-
Et le cauchemar soudain à ton cou qui s’achève
Comme mon âme demain portera d’autres glaives..

À écouter le vent et la fée clochette qui me dit en riant…

(Sonnet à Sonja)
C’est pour fuir les larmes que je fais des poèmes
Aussi parce que le ciel et mon cœur en coton
Posées dessous mon âme le corps de vos déveines
-Vous en faisiez ombelle ; la nuit, des papillons-
 
Qui voltaient dans le temps comme ces piqures d’abeilles,
Le son jeté à l’œil, vos amants qui tressaillent
-Ça ne tournait pas rond- Vos cent milles batailles,
Et puis leur paillasson, leurs semailles vermeilles,
 
Vous étiez la mousson ; Je me demande ma belle,
À écouter le vent et la fée clochette qui…
Me dit en riant : – Il reste dans ma poubelle,
 
Je crois, de l’origan, quelques bouts de ficelle,
Un peu de rêve d’enfants, et puis un bistouri
À me planter au cœur avec du pissenlit….

Sonnet florentin pour passer l’autre nuit

 
Les amants de Florence se disputaient son lit,
la fleurissaient de baisers tendres et sibyllins
et, moi, j’écrivais un sonnet pour Cosme l’ancien,
un poème désuet où je chantais Aurélie.
  
Me prenant par la main Brunelleschi me dit:
– Moi aussi j’ai aimé une fille De Medici,
là, sous le dôme  ; de Florence vois-tu les fantômes,
les amants de Vérone gisent-ils au Lac de Côme  ?
  
Sous les ponts de Florence s’avance le spectre ancien
du maître des silences qui me tend un vélin;
Aurélie y soupire au jardin Boboli.
 
Que reste-t-il des murmures, de l’allée des cyprès ?
De nos amours froissés dans la meule des prés ?
Ce sonnet florentin pour passer l’autre nuit…

Dans la nuit Bruxelles murmure ne soit point triste

 
Il m’arrive bien souvent, Toi qui parcoure mes pages,
de fronder mes aurores d’une pluie de baisers tristes,
de caresses incolores perdues dans les branchages
de quelques amours maussades et arrachés aux schistes.
 
Pourtant, au loin, une ville m’appelle, qui me susurre,
qui m’enlace et me poursuit de ses bleus obscurs.
Dans la nuit, Bruxelles murmure: – Ne soit point triste ;
  
Je connais les absinthes qui dissipent les absentes
les alcools doux et jaunes -passion des Alchimistes-
qui mènent aux Amazones dans des jardins d’acanthes.
 
Dans la nuit, Bruxelles murmure, ne soit point triste !
J’ai des nuits d’Idumée à offrir en partage,
et des huiles de mai pour peindre les nuages,
et le vent de décembre que cherche les artistes.

Et quelques farfadets en voulaient aux mésanges

Sur une lune morte où résidait Falstaff
Brunehilde et les sept nains près la mer des soupirs
au loin le halo blanc m’en garde le souvenir
et puis mes rêves perdus au cou d’une girafe
 
Un papillon s’envole avec une cigogne.
Pour une poire-williams, Shakespeare vend ses chaussures.
Poésie n’est-elle pas le doux vin des ivrognes
qui poussent leurs chansons tout le long des azurs ?
 
Je reviens de Mercure où les elfes m’attendaient.
Le Marchand de Venise avait pris ses effets
et quelques farfadets en voulaient aux mésanges.
 
Une histoire d’enfants morts, je crois, c’était la guerre,
ou bien d’enfants battus…je ne m’en souviens guère.
Je me rappelle seulement, vos yeux, votre fontange…

Sonnet pour les jours de pluie

S’il y a un paradis, j’y voudrais de la pluie
pour cultiver sans fin toute ma mélancolie,
un rayon de soleil pour faire un arc-en-ciel,
de la brume de mai et puis un peu de gel.
 
J’y voudrais de la mort pour la joie d’être triste,
pour une danse macabre -pierrot jouant au sistre.
Et je me souviendrais -vous étiez mon désastre-
c’était une nuit de mai, vous dansiez sous les astres.
 
De cette pluie d’étoiles qu’on voyait en vos yeux
je m’étais fait pansement dessous la voie lactée
où votre doux visage rayonnait si précieux
 
Vous m’avez dit alors ma sorcière bien-aimée
-Je n’aie ami sur terre et pas plus dans les cieux,
passez votre chemin, vous serez plus heureux !

Hugo on ne vous a pas sonné !

( Sonnet pour quelques poètes belges :
Liliane Wouters – Yves Namur – Florence Noël
)
 
Hugo bretteur, menteur,
Tu prétends désossé ;
Tu ne fais qu’assembler
et vers et rimes sœurs !
 
ô Priez Madame Germaine,
je ne suis pas Renan mais me vient une idée,
comme une idée rhénane jetées aux mornes plaines.
 
On a touché au Vers, en voilà une nouvelle !
Une idée qui est belle et me laisse mal armé ;
Sur la plaine germaine court mon vers criminel.
 
Car notre dame est morte et moi me suis damnée
pour les charmes d’un mot ou bien d’une clameur.
Je tuerais à Namur, Florence m’ira voleur,
à l’ombre de Wouters mon soleil s’est couché.

Le Sonnet que j’ai volé à Aleks…

(Sonnet à une amie cambriolée)
 
Aleks croyait, ainsi, qu’il lui manquait une perle ;
Elle l’écrit sur un pairle qu’elle confia au Zéphyr,
Je pris ce doux saphir que me portait le merle
Pour en sécher les larmes dans le Guadalquivir.
 
Je la pris par la main pour l’emmener à Séville,
Penche-toi sur la fontaine, qu’y vois-tu mon amie ?
Entends-tu le soleil qui se mêle à la pluie,
Qui chantent: ô ma perle, ma créole des Antilles,
 
On n’peut voler les perles qui se portent au cœur !
Nous ref’rons des colliers avec des rires d’enfants,
Et aussi l’Albanie !… Promis, quand on s’ra grand !
 
Les sorcières ne pleurent pas, je l’ai dit à mes filles,
On n’peut voler les perles qui se portent au cœur,
Et si t’es encore triste, nous restera la Castille !

Pluies de cendres: Sonnet funèbre pour Villon

Des pluies de cendres déposées sur son berceau
et le bleu des étoiles en étaient insouciants.
Pour une poignée de sel il leur acheta des yeux,
demeurant suspendu à ce ciel soupçonneux
qui poussait son landau vers le buisson ardent,
où grondait les crachins de mes chants hivernaux.
 
Pour trois pierres d’alun, de la poudre de lune,
il coucha au tombeau des vers écrits en runes,
sur mes amours défunts le long des golfs clairs,
quand je croisais Villon et la Belle Heaulmière.
 
Pluie de cendre ?… autant en emporte le vent ;
Perséphone aux joues claires, redis-moi ta moisson
Mais à tout prendre, qu’il me reste cette chanson :
Pour mes cendres… autant en emporte le vent !

La Faute du Vent…

Sous la lune de mai effeuillant les étoiles
avec une plume d’oie et des grains de pavot,
j’avais pour tout équipage un feu de Bengale
et un cormoran en cale pour tout matelot.
Flibustier au cœur blanc sur la mer des soupirs,
je m’exilai vingt ans dans l’entre d’un tapir
qui au feu de Bengale fit frire le cormoran,
quelques grains de pavots et mes amours d’antan.
La fumée s’élevait comme une cathédrale
où se trouvait Lesbie et le doux passereau,
les dames du temps jadis, du temps où j’étais beau…
Mais les neiges d’antan, comme mon chant vespéral
meurent mieux à l’automne que dans le doux printemps
ce n’est point votre faute mais bien celle du vent…

Sonnet pour une amie : Retour vers les Ténèbres

Oh! vous l’avez chanté, ma gitane au long cil
mon cœur semi-froissé, ma belle au bois qui dort
Retour vers les ténèbres ; ô douloureux exil,
sous le voile diaphane, voyez-vous les centaures ?
J’ai aux yeux de l’écume et des perles de mille ans,
sous ce ciel maudit aux milles étoiles de jade
je retourne aux ténèbres ; vous rejoint aux pléiades
grillés quelques cigales aux amours imprudents.
Je l’ai repris noir au chœur ce maudit refrain :
Retournons aux ténèbres, me chanta une amie,
alors au clair de lune nous rejoindrons Amy.
Et les anges aux cœurs noirs, rediront à Caïn
Retour vers les ténèbres; ô douloureux exil,
sous ce voile diaphane, me prendrez-vous la main ?

L’Hérésiarque – 18-02-17

On me dit que je suis hérétique
Qu’il est interdit de soutenir que le Coran fut créé
J’ai dit, soit !
Mais avouons, tout de même, que cette hypothèse d’un Coran incréé
se comprend bien moins que la première citée!
Force est de constater :
Votre orthodoxe a tout d’un cul jatte,
d’un cul jatte qui boite,
tandis que mon hérésie semble plus adroite
et pour l’esprit beaucoup plus chic !
Tu l’as dit satanique
Je te dis: c’est alors que Satan écrit en lettre coufique !
Or comme tu le sais de Kou-fa
à la Ka-bba
il n’y a qu’un pas !
Alors tremble orthodoxe au souvenir du Qarmate
de peur, qu’un jour, chez toi, son campement ne refisse sa halte.
On me dit, encore hérétique,
pour avoir pensé, pour avoir dit :
il n’y a pas de pieux anciens,
car en ces temps anciens
en ces temps antiques
lesdits pieux,
se sont tous traités d’hérétiques,
d’imposteurs, d’odieux !
On me dit que je suis impie
pour avoir dit
que la polygamie n’est pas un droit
qu’elle est bizarre leur lois
qui dit
que coucher avec une enfant
est permis
alors que je crois juste qu’un prophète
ne saurait être
ni ignoble, ni indécent.
On me dit que j’ai blasphémé
parce que j’ai dit aimer les filles
et trouver leur cul joli,
alors que l’orthodoxe dit
que Muhammad aussi
a interdit d’aimer,
mais d’après lui,
pas de violer !
Et il me promet tout un enfer
parce que j’ai dit,
dans le Coran ?
au vin j’ai lu la question,
pas l’interdit et, que je mis
son inter-dit,
entre-nous, en question !
Voyez mon orthodoxe, il en tremble,
s’en étrangle
maudit tous mes sangs,
tous ensemble mes ancêtres et mes enfants !
Il fulmine, se renfrogne, en est tout vert.
Mais regarde voici qu’il se rengorge
et nous promet que ni toi
ni moi,
n’entrerons au paradis
alors que lui ???
Il est vrai, qu’à Dieu, volontiers il se subroge
et se prend pour Lui,
lui
qui croit que Dieu à sa tête
qui veut qu’on m’égorge
Il est vrai que je fume aussi la cigarette
alors,
j’avoue,
j’avoue,
Il est vrai que je mérite la mort !
J’avoue,
oui, j’avoue, encore
je sais rire et chanter
donc je mérite la mort.
j’avoue
oui, j’avoue, enfin
Abdeelwahhab n’est pas des miens
pour moi c’est un crétin
Je mérite donc la mort!

Le Nez

Un nez ?
Vous voulez dire comme le mien,
Ou comme celui de Monsieur Guerlain ?

En voilà un
Qui de son nez
Ne pouvait pas sentir les nègres
Nègres,
Dont il trouvait le nez…
…Vilain !

Il faut dire qu’il ne les aimait qu’aquilins…
…Les nez !
Et n’aurait sans doute pas apprécier le mien
Qui, en retour, lui ferait un joli pied de nez,

Car quoique nègre,
J’ai le nez fin
Et non camus
Comme vous le dirait Monsieur Guerlain
Dont le propos aigres,
Peut-être taquin,
Cache mal l’esprit confus
Autant qu’incertain.

L’homme pourtant est réputé pour son flaire,
Or, ma mère,
Porte Shalimar de Guerlain
Tout en s’étant marié à un nègre
Qui ne parlait pas petit nègre
Mais connaissait son latin !

C’est ainsi que j’ai grandi
Entre un pè-re
Qui travaillait comme un nèg-re
Et Monsieur Guerlain
Qui en doutait bien !

C’est ainsi que j’ai grandi
Entre mon père
Et Monsieur Guerlain, qui,
Amant de ma mère,
Autant que son faux-nez
Mettait ainsi le nez
Dans nos affaires de famille

Si vous permettez,
Je vous mets au parfum
Car vous comprendrez
Que ladite affaire sentait le poisson
Quoique mon père eût lui aussi trouver de bon ton
De choisir Vétiver de Guerlain
Pour parfum !
Mais, enfin,
Passons…

Monsieur Guerlain
Qui, donc, ne pouvait pas sentir mon père
Se retrouvait ainsi régulièrement offert à ma mère
Par un homme qui, l’ayant lui-même dans le nez, s’aspergeait d’eau de Guerlain.

Allez comprendre, vous,
Ce qui peut se passer dans la tête d’une enfant
Au demeurant,
Fille de Marabout ?

Quoiqu’il en soit depuis,
Je rêve chaque nuit
Que je tombe nez
À nez
Avec un certain…
…Monsieur Guerlain !

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