novembre 22

– Lysztéria Valner – poésies –


Pluies de cendres: Sonnet funèbre pour Villon

Des pluies de cendres déposées sur son berceau
et le bleu des étoiles en étaient insouciants.
Pour une poignée de sel il leur acheta des yeux,
demeurant suspendu à ce ciel soupçonneux
qui poussait son landau vers le buisson ardent,
où grondait les crachins de mes chants hivernaux.
 
Pour trois pierres d’alun, de la poudre de lune,
il coucha au tombeau des vers écrits en runes,
sur mes amours défunts le long des golfs clairs,
quand je croisais Villon et la Belle Heaulmière.
 
Pluie de cendre ?… autant en emporte le vent ;
Perséphone aux joues claires, redis-moi ta moisson
Mais à tout prendre, qu’il me reste cette chanson :
Pour mes cendres… autant en emporte le vent !

La Faute du Vent…

Sous la lune de mai effeuillant les étoiles
avec une plume d’oie et des grains de pavot,
j’avais pour tout équipage un feu de Bengale
et un cormoran en cale pour tout matelot.
Flibustier au cœur blanc sur la mer des soupirs,
je m’exilai vingt ans dans l’entre d’un tapir
qui au feu de Bengale fit frire le cormoran,
quelques grains de pavots et mes amours d’antan.
La fumée s’élevait comme une cathédrale
où se trouvait Lesbie et le doux passereau,
les dames du temps jadis, du temps où j’étais beau…
Mais les neiges d’antan, comme mon chant vespéral
meurent mieux à l’automne que dans le doux printemps
ce n’est point votre faute mais bien celle du vent…

Sonnet pour une amie : Retour vers les Ténèbres

Oh! vous l’avez chanté, ma gitane au long cil
mon cœur semi-froissé, ma belle au bois qui dort
Retour vers les ténèbres ; ô douloureux exil,
sous le voile diaphane, voyez-vous les centaures ?
J’ai aux yeux de l’écume et des perles de mille ans,
sous ce ciel maudit aux milles étoiles de jade
je retourne aux ténèbres ; vous rejoint aux pléiades
grillés quelques cigales aux amours imprudents.
Je l’ai repris noir au chœur ce maudit refrain :
Retournons aux ténèbres, me chanta une amie,
alors au clair de lune nous rejoindrons Amy.
Et les anges aux cœurs noirs, rediront à Caïn
Retour vers les ténèbres; ô douloureux exil,
sous ce voile diaphane, me prendrez-vous la main ?

L’Hérésiarque – 18-02-17

On me dit que je suis hérétique
Qu’il est interdit de soutenir que le Coran fut créé
J’ai dit, soit !
Mais avouons, tout de même, que cette hypothèse d’un Coran incréé
se comprend bien moins que la première citée!
Force est de constater :
Votre orthodoxe a tout d’un cul jatte,
d’un cul jatte qui boite,
tandis que mon hérésie semble plus adroite
et pour l’esprit beaucoup plus chic !
Tu l’as dit satanique
Je te dis: c’est alors que Satan écrit en lettre coufique !
Or comme tu le sais de Kou-fa
à la Ka-bba
il n’y a qu’un pas !
Alors tremble orthodoxe au souvenir du Qarmate
de peur, qu’un jour, chez toi, son campement ne refisse sa halte.
On me dit, encore hérétique,
pour avoir pensé, pour avoir dit :
il n’y a pas de pieux anciens,
car en ces temps anciens
en ces temps antiques
lesdits pieux,
se sont tous traités d’hérétiques,
d’imposteurs, d’odieux !
On me dit que je suis impie
pour avoir dit
que la polygamie n’est pas un droit
qu’elle est bizarre leur lois
qui dit
que coucher avec une enfant
est permis
alors que je crois juste qu’un prophète
ne saurait être
ni ignoble, ni indécent.
On me dit que j’ai blasphémé
parce que j’ai dit aimer les filles
et trouver leur cul joli,
alors que l’orthodoxe dit
que Muhammad aussi
a interdit d’aimer,
mais d’après lui,
pas de violer !
Et il me promet tout un enfer
parce que j’ai dit,
dans le Coran ?
au vin j’ai lu la question,
pas l’interdit et, que je mis
son inter-dit,
entre-nous, en question !
Voyez mon orthodoxe, il en tremble,
s’en étrangle
maudit tous mes sangs,
tous ensemble mes ancêtres et mes enfants !
Il fulmine, se renfrogne, en est tout vert.
Mais regarde voici qu’il se rengorge
et nous promet que ni toi
ni moi,
n’entrerons au paradis
alors que lui ???
Il est vrai, qu’à Dieu, volontiers il se subroge
et se prend pour Lui,
lui
qui croit que Dieu à sa tête
qui veut qu’on m’égorge
Il est vrai que je fume aussi la cigarette
alors,
j’avoue,
j’avoue,
Il est vrai que je mérite la mort !
J’avoue,
oui, j’avoue, encore
je sais rire et chanter
donc je mérite la mort.
j’avoue
oui, j’avoue, enfin
Abdeelwahhab n’est pas des miens
pour moi c’est un crétin
Je mérite donc la mort!

Le Nez

Un nez ?
Vous voulez dire comme le mien,
Ou comme celui de Monsieur Guerlain ?

En voilà un
Qui de son nez
Ne pouvait pas sentir les nègres
Nègres,
Dont il trouvait le nez…
…Vilain !

Il faut dire qu’il ne les aimait qu’aquilins…
…Les nez !
Et n’aurait sans doute pas apprécier le mien
Qui, en retour, lui ferait un joli pied de nez,

Car quoique nègre,
J’ai le nez fin
Et non camus
Comme vous le dirait Monsieur Guerlain
Dont le propos aigres,
Peut-être taquin,
Cache mal l’esprit confus
Autant qu’incertain.

L’homme pourtant est réputé pour son flaire,
Or, ma mère,
Porte Shalimar de Guerlain
Tout en s’étant marié à un nègre
Qui ne parlait pas petit nègre
Mais connaissait son latin !

C’est ainsi que j’ai grandi
Entre un pè-re
Qui travaillait comme un nèg-re
Et Monsieur Guerlain
Qui en doutait bien !

C’est ainsi que j’ai grandi
Entre mon père
Et Monsieur Guerlain, qui,
Amant de ma mère,
Autant que son faux-nez
Mettait ainsi le nez
Dans nos affaires de famille

Si vous permettez,
Je vous mets au parfum
Car vous comprendrez
Que ladite affaire sentait le poisson
Quoique mon père eût lui aussi trouver de bon ton
De choisir Vétiver de Guerlain
Pour parfum !
Mais, enfin,
Passons…

Monsieur Guerlain
Qui, donc, ne pouvait pas sentir mon père
Se retrouvait ainsi régulièrement offert à ma mère
Par un homme qui, l’ayant lui-même dans le nez, s’aspergeait d’eau de Guerlain.

Allez comprendre, vous,
Ce qui peut se passer dans la tête d’une enfant
Au demeurant,
Fille de Marabout ?

Quoiqu’il en soit depuis,
Je rêve chaque nuit
Que je tombe nez
À nez
Avec un certain…
…Monsieur Guerlain !

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