mars 15

– Riccardo Levi – poésies –

Odelette à la femme

Depuis l’aube du printemps elle fut une passion,
spectre d’un rituel nocturne de ma tour d’ivoire,
sous les angles indécents d’un imaginaire sans candeur,
sa lune assura la relève de mes effluentes humeurs.
 
Avec elle, toujours et encore cette lancinante robustesse,
le dard dont elle est l’instance se tend et grandit en hardiesse,
elle s’en amuse, malicieuse elle quémande en le convoquant,
cette piètre « chose » ne pouvant résister au probable consentement.
 
Dans un éblouissement simulé elle mire mon chêne,
indécent et survolté partout je l’embrasse,
à la dérobée je me glisse et l’enchaîne,
au dedans de l’intime je me place,
 
l’instrument du va-et-vient jamais ne se lasse,
je la respire, grisé d’une fureur abyssale,
les vagues qui de moi bondissent,
serpentent et l’inondent en rafales,
 
loin en elle, un océan s’abreuve,
de tous les possibles, il est le vivier,
l’irrésistible pastorale hélas se meurt,
un silence rustique subroge la félicité.
 
Aux tréfonds de ses flancs j’ai planté une fleur,
enchantement d’une triviale fornication,
imprévue, déroutante, ainsi que le veulent les fleurs,
qui souvent se flétrissent par clichés et ronron.
 
Femme garante d’un manque asservissant, lige et astreint,
à l’amour que tu donnes tu prétends appartenir,
la feinte est séduisante, l’indigence n’y est pour rien,
volontaire par nature, dupe par besoin.
 
Quiconque capable de bon sens,
le sait ou bien le pense,
que s’impose l’intangible réalité,
si la fornication est pour tous,
la femme administre la liberté.

L’ordre silencieux du néant …

 
(essai de poésie critique)

D’où je viens ?

Origine, Origine des Origines,
en toi, l’indépassable mystère,
l’ordre silencieux du néant,
soudain une divine vacuité accouche,
un ordre des choses « émerge »,
en son sein une bizarre matière,
ça se meut, ça perçoit, parbleu, c’est vivant !
 
Pur instinct, simple pulsion,
par toi j’existe, inné et sans complexion,
bestial j’en conviens, mais repu,
le présent comme seul horizon,
 
Advient le destin, le langage et la raison,
détestable évolution, maudite mutation,
du progrès, je me fiche,
animal je suis et le veux rester.
 
Trop tard ! Le langage avait jailli,
son surgeon s’était mis à penser,
l’ennui et la solitude ont suivi,
le diable était né.
 
Que puis-je espérer ?…
 
Petit bonheur numérique,
machinal et monstrueux,
carcan pour chacun,
lucratif pour certains.
 
Thébaïde de l’ennui, lassitude du signe,
un « clic » en guise de re-création,
la normalité pour toute liberté,
tous gris, moulé à façon.
 
Sœurs chéries, vous fûtes naguère tant de trophées volontaires
glorifiant ma belle « nature », de vos lascifs desseins,
ce fut un temps, il fallait vous séduire, vous conquérir,
Vous fûtes joliment volage avec certains parmi les plus méritants,
Hélas sœurs funestes, il n’est plus de juste combat,
Pour le dard endurci désormais, le réseau y pourvoit.
 
Sœurs chéries, permettez que je médise.
Quelle belle occasion !
Un vieillard infécond
ne saurait faire illusions.
 
Sœurs humaines, vous donnez la vie, le lait,
aux meilleurs d’entre nous,
aux pires des gredins,
Frères humains, un esprit de requin vous inspire,
il vous tient,
 
Quel bonheur, bientôt la fin,
sur la planète mise à sac,
adieu nos lendemains,
juste l’ordre silencieux du néant.

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