février 8

– Edmond Delvenne – poésies –

Bruxelles

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Un mini ring et de nouveaux parkings pour le centre de Bruxelles, quelle merveille ! Que du bonheur pour les navetteurs, mais aussi et surtout, pour les touristes et pour les gens riches qui pourront se promener dans un centre piétonnier agréablement aménagé, bordés de commerces de luxe ou d’Horeca qui puiseront à tour de bras, pour assurer leurs ventes, dans une main d’œuvre abondante, peu qualifiée et non délocalisable -expression moderne pour de nouveaux esclaves qui devront être heureux, car les pouvoirs publics ont aussi pensé à eux : ils auront de nouvelles lumières qui permettront de mieux les voir, de mettre en lumière les noirs, les blancs et les berbères qui traînent leurs guêtres et leur misère, car ils ne peuvent guère se payer ce qu’ils verront dans les vitrines qui s’illuminent de mille feux joyeux pour ceux dont le portefeuille déborde de liasses de billets qui lassent les pauvres qui habitent autour de ce centre du Centre-Ville, pauvres qui auront droit à des routes encombrées de véhicules qui joueront à pousse-pousse, avance ou je t’encule, et au passage à un petit concert de klaxons et à un peu plus de pollution.
En attendant une décision définitive, prenons quelques mesures provisoires : enlevons les dos d’ânes, les marquages au sol, les panneaux de signalisation et feux de circulation qui prêtent à confusion, et remplaçons les par de nouveaux mieux adaptés… pour les remettre dans huit mois ?

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Si le centre de Bruxelles est sujet à projets vivement contestés, à l’autre bout de la ville, à sa périphérie urbaine, un autre combat sévit sur l’entité de Haren, contre la création d’une maxi-prison ; et c’est ainsi que des zadistes envahissent les terres et y plantent des patates, ou plutôt, se réapproprient les terres et balancent leurs savates pour prendre bottes et bêches et occuper les lieux, comme jadis au Larzac ou plus récemment à Notre-Dame-des-Landes.

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La réponse est sans doute là : mettre nos bottes et défendre les terres agricoles de Haren, et pourquoi pas, prendre une veste et planter sa tente pour contester les réaménagements piétonniers du centre.
Au fil des rencontres, des idées germent et naissent et laissent d’autres idées vivre, d’autres projets naître, d’autres envies apparaître. Au fil des projets, une communauté naît et se construit, s’élabore et défend son droit de contestation, une conscience communautaire s’exprime, à coup de bêche, de sleeping ou de sit-in, grâce à des personnes étendues sur le gazon ou sur le béton…

Les Tabous

Si vous avez soif, si vous avez faim, un verre d’eau, une tranche de pain, c’est un manque au ventre qu’il comble. Mais si dans les yeux de cette personne qui ce petit présent vous donne, vous voyez de la compassion, c’est un manque à l’âme qu’il comble.

Quand l’Homme ouvrit les yeux, il vit la Nature dans toute sa beauté, ainsi que tout ce qu’il pouvait en tirer. Il essaya alors de construire un duché, un royaume, un empire, mais tous ses efforts ne suffirent et de nouveaux problèmes surgirent. Si bien que lorsque le sage voulut parler, croyant qu’il en avait l’âge, on le décréta trop vieux, on écarta ce gâteux.

L’ignorance n’est pas coupable. Le monde n’est qu’une fable dont nous sommes acteurs et victimes. Avant d’atteindre les cimes, il nous faudra encore beaucoup grandir. Les gouvernements nous infantilisent. Le surplus de lois tend à nous assujettir. Les rois et les gouvernements, bien souvent, ne font que nous mentir. Ils promulguent des boniments. Ils confondent sociétal et social pour en revenir à des modèles archaïques. Cessez donc vos guerres de pouvoir, vos guerres militaires. Il est temps de partager vos savoirs. L’heure n’est plus à se taire. Cessez donc vos mensonges car l’Horreur se prolonge et le temps pres$€…
 
Le monde est fou. Le temps, les gens, le manque d’argent nous pressent et nous oppressent et nous ne cessons de nous plaindre de tout. Habitants de la cité, sans-le-sou, marginalisés dans la pauvreté, nous sommes devenus tabous de cette société déshumanisée, personnes invisibles et insipides qu’on incrimine en attendant qu’on nous supprime.

Avez-vous déjà pleuré pour les pauvres, les sans-abri, les enfants violés, les errants de la nuit ? Avez-vous déjà pensé à tous ces trépassés, ces enfants qu’on égorge ? Quelle police rendra justice, quelle milice rendra gorge aux parents et aux frères qui pleurent, se désespèrent, voyant l’horreur continuer et leur honneur sans cesse bafoué ?

Ce seront peut-être quelques vers qui arrêteront les hommes d’exploiter les richesses de la Terre au détriment de nos enfants. Par contre, ce ne sont pas quelques vêtements qui feront d’un singe, un gentilhomme. L’esclavagisme est omniprésent pour enrichir quelques dirigeants qui assassinent impunément, sous le couvert de la loi, la Liberté, un rêve, un manifestant, un reste d’espoir, un zeste de foi.

Otez vos visières et ouvrez donc vos cœurs… Ne propagez pas la misère.
Ne partagez pas le malheur. Quand donc viendra le Temps où l’Homme usera un peu plus que les quelques pour-cent qu’emploie son cerveau tout au plus ? Pour arriver à ces fins, et afin que dans leurs yeux s’esquisse la douce flamme de l’optimisme, moi je prie pour que ce soit demain que nos enfants cessent d’avoir faim d’Egalité, de Liberté et de Justice.

Je te veux

Tu me dis : « Je t’aime »…
Mais comment dois-je comprendre ces mots ?

 
Comme ceux qu’on adresse à un frère, à un miroir de soi-même ?
Comme une porte ouverte vers un possible avenir à deux ?
Je recherche une partenaire à mon existence, une alliée, une présence… pour passer une nuit à ses côtés et ensemble se réveiller ; pour déjeuner et se sourire ; pour partager un texte ou regarder un film ; pour s’embrasser et à nouveau se sourire ; pour la réconforter dans les moments difficiles ; pour l’encourager afin qu’elle se sublime ; pour vivre la vie comme une longue route sans que personne ne doute ni de l’autre ni de l’orientation qu’on lui a donnée ; pour dynamiser un futur où le mot vieux sera prohibé.
 
Je te veux dans ma vie pour te faire partager mes écrits, pour te les murmurer, pour te les susurrer à l’oreille avant que tu ne sommeilles…
Je te veux dans ma vie pour te faire partager mes écrits, pour peaufiner mes pensées avant de les abandonner à cette scène qui m’attire et m’inspire, à tout dire qui m’aspire vers ce moi aux cheveux lâchés qui te fait tant chavirer…

 
Je te veux dans ma vie pour te faire partager mes écrits, pour que ma voix gagne en assurance, en force et en puissance, pour nous offrir la chance de construire ensemble notre future existence.
 
Chérie, regarde. Le ciel est clair et il fait beau.
Allons nous balader et prendre quelques photos.
Fuyons cet univers et créons-en un nouveau où
tu seras soleil et lumière, et moi la lune et ton héraut.

Slame

Ouvre ta gueule ou ferme-la et réfléchis,
pour qu’à la prochaine occase,
ouvre ta gueule et dis ce qui au fond de toi te révolte.
Ouvre ta gueule et délivre-toi des non-dits qui te pèsent.
Ouvre ta gueule et exprime tes idées.
 
Slame… Frappe tes mots, sans contrainte de style.
Tout est permis.
Apporte tes textes, ta clé usb, tes potes musiciens
pour un Spoken Word ou une Slamjam.
Apporte ta présence, tes oreilles, ton cœur,
tes tripes, ta voix… ta voie.
Laisse tes sentiments nous envahir,
partage ta joie ou ta tristesse ou ta révolte.
Apporte-nous tes mots et viens nous les dire.
Nous avons un cœur pour les entendre.
Nous avons des mots, un regard ou un sourire pour te répondre.
 
Parle-nous de toi, de ce que tu ressens, de ce que tu as compris,
de ce que tu sens.
Parle-nous et nous partagerons nos ressentis,
l’essence et les sens de nos vies.
Comme nous les vivons,
avec nos mots issus de la rue ou des dictionnaires.
 
Pour parfaire ta route, offre-nous tes vers
et nous ferons sans aucun doute, ensemble un voyage…
sans limites d’âge.
En échange, nous t’offrirons un verre.
Viens nous retrouver.
Viens slamer.

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