novembre 17

– Péhéo – Poésies –

Où est donc ….

Où est donc mon triste souvenir

qui d’un pas sans visage

sans amour

sans destin à venir

– et de femmes sans demain

descend dans l’arène – tuer,

ce montre hideux qui nous tyrannise,

cette bête immonde qui nous dévore et nous oblige,

cette chimère infâme qui nous torture,

cette illusion qui nous aliène,

cette chose épouvantable que l’on appelle langage ?
 

Où est donc mon frère, mon viel ami

Mon Minotaure de jadis!

Samedi aux champs Elysée

Ce n’est pas pour rampez

Ni pour même pleurer

À être gazés

Condamnés

Dès lors embastillés, garrotés

Et    Pendus à l’iniquité

Que nous sommes venus !

 

Non et si nous marchons encore

Les yeux arrachés

Ce n’est pas pour faire ordre

Mais pour faire nombre !

Aux Gilets Jaunes

Et à force de tomber
Quand ils nous disent
Que demain c’est sûr
Demain ! ce sera mieux.
 
Et à force de compter
Quand ils nous disent
Qu’il faudra encore trimer
Encore ! pour mieux payer.
 
Et de là-haut
Pour ne pas les énerver
Quand ils nous disent
Suffit ! de rester invisibles.
 
Mais à force de tomber
Comme à force de compter — les suicidés !

Ne faudrait-il pas un jour se révolter ?

la vie, inimitable, sans destins condamnés !
Le vautour

Je médits du monde comme je maudits de tout
Et de la vie tant lassée,

Interminable

Aux amours oubliées, aux sourires sans vous
Et de ma mort tant usée,

Inimitable.

Et je regarde ainsi laissé les yeux ouverts
Passer comme le vautour le ciel et le soleil
Le temps aussi, le bruit échu d’un souffle amer
De ce qui fut et la douceur de mon sommeil.
 
Dans ce chaos ici où sans amour je vis
Où tout s’acharne la mort sans cesse, à s’effondrer
Au silence absurde des choses sans vie
Je suis O vanité sans destins condamnés !

 

O curas hominum, o quantum est in rebus inane!

que meure le matin, À écouter les oiseaux

LUGETE, O VENERES CUPIDINESQUE…

Que pleurent les Vénus — Que pleurent les Amours
Il est mort le passereau de mon amie
L’oiseau, le miel et puis le ciel qui séchait ses pleurs
Qui jadis et de si haut et d’une seule voix
Tenait ma vie à la lumière de son cœur.
 
Des lors de nos destins que meure le matin
Et comme la nuit, sur des promesses jamais tenues
Laissée aux vents, elle est partie et je suis mort
Alors ici, échu, la pluie, qu’elle ne m’oublie
À écouter les oiseaux, qu’elle me revienne !

Il faut de tout désespérer

Il faut de tout désespérer
Du monde du moi des infinis
 
Comme à tout perdre les immobiles
Et rendre les choses impossibles
 
À tout précipiter dans l’oubli
Le beau langage et la belle vie.

Mélange Obscur

▪ Opuscule de Prévinquières


 -1-
Voici donc les termes de ma lucidité, une feuille et du papier : pas même ce que je vis, pas même ce que je vois, à peine ce que j’écris.
De là le monde entier doit y rentrer, comme un océan dans un carré… un infini dans un néant, à y rester.
De ma raison, de ma passion, de cette lucidité, il n’est sera jamais qu’ainsi : de l’encre oubliée dans un cahier. Et puis déjà demain, la pluie, les pleurs, tout à recommencer… un autre monde, d’ailleurs, à y jeter.
Et pourtant je plonge encore à m’obstiner, d’ici à traverser, l’idée obscure que je m’en fais.
 -2-
Ainsi, de ça qui ne résout pas (le monde) j’écris de ma logique avec ce qui ne s’ouvrent pas (les mots) ; où de l’illusion que nous en avons, à l’évidence comme à l’abîme des jours — entendez-vous ! — le langage n’a pas d’extérieur ! Et hormis peut-être sa présence, il n’a pas d’horizon.
Alors d’ici rien de commun, rien de repère, une transparence ; de celle qui nous ferait croire que toute chose est dans le langage — c’est notre désir du monde ! — que toutes les choses sont dans les mots, et à l’évidence leurs ombres, leurs cavernes — et même leurs larmes.
Mais de larmes (lacrimae rerum), il n’y en a pas : je suis allant à l’intérieur d’un monde, parlant dans un langage sans extérieur !
 -3-
À comprendre — le monde est hors langage et le langage n’a pas d’extérieur — est une raison logique – un bricolage obligé à précipiter le silence et le temps dans la dimension où je suis :
« Ce qui qualifie le monde c’est le silence, ce qui qualifie le langage c’est le temps, ce qui me qualifie c’est ma présence entre le temps et le silence. Ailleurs, je n’irai pas ! »
 -4-
S’arrête ici d’un trait toute votre enfance: l’expérience et de l’artifice du dire ; quant au dégout, le mien, de tout ce temps passé à l’innocence. Pas de cris pas de bruits juste une solitude béante à l’insensé — et l’inouï, l’inouï quand même de la clarté.
et à désespérer aussi qu’alors s’arrête ici toute votre enfance : celle de l’illusion, de l’expérience et de l’artifice du dire ; celle la mienne encore et le dégout de tout ce temps passé à l’innocence.
A comprendre enfin, qu’il nous reste ce geste tant efficace d’une stratégie érigée en désir d’une vertu violentes où aveugles nous croyons voir.
Et quand bien même vivre reste une expérience sans visée ;
La mienne ne fut et le dégout de tout ce temps passé à l’innocence
quand bien même voir et saisir ne signifie rien ni ordre ni émotion
De cet impossible de l’insensé ce qu’il nous reste – l’inouï quand même d la clarté
Et que ferais-je de ce silence le monde – de ce temps le langage et notre évidence

Il faut de tout…

Il faut de tout

Du monde du moi des infinis
Comme à tout pendre des immobiles

Désespérer

Et rendre les choses impossibles
Debout – à tout précipiter.

Enfant je jouais

Enfant je jouais, le temps qu’il me compta, à n’être les yeux fermés 
Qu’ainsi qu’il me laissa, Aux dés, entre les dents à dévorer 
Caché, mourant de naître, Au plus profond de la lumière !

Et là de rire, enfin lucide à ne plus savoir parler
Ivre dans le silence, Qu’ainsi je jouais, à toute emprise 
Un jeu sans humanité, d’un monde incommensurable !

Ô mon amant

Ô mon amant 
Crois-moi
Ici
L’effroi de la beauté
				Ne se voit pas dans le miroir 
Et pourtant
Partout de la clarté
Partout de la lumière
Le laid infiniment !

Le labyrinthe de la Gorgone Bleu d’Encre Editions 2013

Et se penchant alors…

Et se penchant alors sur son sexe en appui
le Minotaure
extasiez ! la femme démembrée
et tout en ça
imposez ! sa forme impérative.

Variations sur le Minotaure amoureux Editions Clapas 2001

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