mars 29

Marguerite Marie James – Poésies –

❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈ Séance du 15-09-2018 ❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈

Petite Laly

Petite Laly encore si fragile
Fleur de printemps qu’un rien ne blesse
Vivrais-je assez longtemps près de toi
Pour t’accompagner dans des milliers de rêves
Car je voudrais te raconter des épopées
Où les grands chevaux galoperont comme des zèbres
Dans les tourbières des Fagnes étendues jusqu’au Togo
Où les trains ne fileront pas plus vite que des guépards
Pour aboutir au port d’Ostende où la mouette rieuse
Au-dessus de l’estacade et des cornets de frites
Se prendra pour un vautour sur une carcasse de gnou
Nous nous abriterons derrière un brise-lame
Pour éviter le norois prêt à chasser le sirocco
Puis, de retour à l’intérieur des terres
Assises sous le sorbier des oiseleurs rebaptisé baobab ou karité
Nous écouterons le pic marteler les troncs au rythme du djembé
Le gracieux héron de la fable devenu bec en sabots
Confondra crapauds et tilapias
Sans plus savoir sur quelle patte se percher
Affolées par le renard pris pour un lycaon
Les poules abandonneront leurs nids aux amortisseurs
De Bruxelles, de Quimper ou de Ouagadougou
Casimir et Tigrou atteints par la folie des grandeurs
Attaqueront des impalas
Pendant que danseront les souriceaux
Les belles dames de Pont-Aven nourries au far
Troqueront leurs coiffes de dentelles pour des boubous
Et tremperont leurs doigts délicats dans l’akoumé
Nous, nous mangerons des glaces stracciatella
Sur les pentes du mont Agou
Car toi petite Laly tu connaîtras bien mieux que moi
L’Escaut, l’Odet ou le Niger
Et quand tu grimperas les marches de la tour
De Lisseweghe, du Kreisker ou du Lion de Waterloo
Tu me regarderas de là-haut,
Tu m’appelleras Mamik
Et nous nous ferons de grands signes
Qui brilleront comme des soleils.

❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈ Séance du 21-04-2018 ❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈

L’amie

Ma douce, ma tendre, ma belle solitude,
Toi qui ne m’as jamais quittée,
Toi qui étais accrochée à mes pas
Comme le rayon à l’astre qui le produit,
Ma grande, ma suave solitude,
Tu m’as accompagnée le long des chemins creux où la neige protégeait le silence.
Tu m’as ensorcelée au milieu de la foule où je cherchais un regard.
Tu m’as réconfortée dans l’abîme insolent où le froid me glaçait.
Tu as fini par me détruire dans le torrent où les larmes se mêlaient à la bière
À moins que ce ne fussent les pleurs qui avaient la saveur de l’alcool.
C’est là, vois-tu, que nous avons cessé de nous aimer,
Là que j’ai perçu, dans l’ombre, l’inanité de poursuivre la passion.
Je n’ai pas choisi- pardon, comment te dire ?
Je n’ai pas choisi entre le monde et toi.
J’ai choisi, sur le chemin de la mort, de ne pas prendre le raccourci où tu me tirais-
toi, ma belle, ma tendre, ma douce, toi, si attirante !
J’ai choisi- infidèle amante- de vagabonder un peu avant de te rejoindre,
Car tu as le privilège d’être là, devant nous, quand nous allons où nul ne peut nous entendre.
Tu es si présente entre la bière…et la bière.
N’aies pas peur.
Tu me retrouveras.
 
Paru dans « Les Elytres du Hanneton » n°299
Revue du Grenier Jane Tony

❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈ Séance du 16-09-17 ❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈

Histoire de guenon.

J’ai tout vu ! J’ai tout vu !
Du sommet de l’acacia,
J’ai tout vu ! Ah ! Ah ! Ah !
Je vois la langue de la girafe qui écarte les épines pour arracher les feuilles
Et le serin qui tisse son nid,
Mais ces deux-là,
Tout en bas !
Qu’ils sont vils ! Ah ! Ah ! Ah !
Et ils puent ! Ils empestent !
Vous la voyez, là, l’hyène tachetée,
Avec son derrière dans ses chaussettes :
Elle guette les lionnes, les grands fauves,
Les vrais chasseurs.
Une patte de zèbre par ci !
Une oreille de gnou par là !
Et je danse sur ma branche. Ah ! Ah ! Ah !
Et je prends garde aux épines de l’acacia, moi !
Ah ! Ah ! Ah !
Mais je l’ai vue, la gueuze, la poissarde…
Privée de charogne à ronger,
Elle s’est mise en tête de l’attraper,
Lui qui empoisonne l’air de sa boue
Et de sa bouse fétide,
Le macchabée sur quatre pattes,
Le produit d’une truie et d’un martien,
L’explorateur des fosses septiques de la brousse,
Le phacochère !
 
Regardez le courir, les soies éparses sur le dos —-
Crinière carnavalesque.
Roi de la savane en salacités.
Elle a essayé de le prendre à revers
Mais c’est lui qui la poursuit maintenant !
Ah ! Ah ! Ah ! L’hyène chassée par un cochon !
Ce n’est pas un western spaghetti,
C’est un western pour cul-de-basse-fosse !
Qu’ils sont drôles !
Qu’ils sont bêtes !
C’est qu’elle n’abandonne pas la partie, la salope !
Elle veut son lard pour le souper !
Non, mais je rêve, j’hallucine !
Le phacochère !
Il courait si vite en tenant l’hyène à l’œil
Qu’il vient de tomber dans le piège tendu par les lionnes !
Ah ! Ah ! Ah !
Elle en fait une tête, l’hyène tachetée !
Et de glapir et d’aboyer !
C’est que le gueuleton vient de lui passer sous le nez !
Elle est furieuse !
Oh ! la ! la ! Qu’elle est furieuse !
Et elle ne voit pas le lion qui arrive derrière elle !
Et il lui brise les reins, le roi des animaux !
Ah ! Ah ! Ah ! La voilà bien avancée !
Il faut que je descende pour voir cela de plus près.
Ah ! Ah ! Ah ! J’en suis…J’en suis…
 
AU SECOURS !
 
Moralité : Petite guenon moqueuse,
Reste au sommet de l’acacia,
Loin du spectacle qui t’amuse.
La panthère grimpe facilement aux arbres
Pour s’emparer du primate trop curieux…

❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈ Séance du 20-05-17 ❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈

Le Vieux Peuplier.

Vieux peuplier, vieil ami,
Vieux témoin des vieilles histoires
Vieux camarade des travaux et des jours,
Sombre silhouette sur les photos jaunies,
Toi qui faisais la paire avec ton vieux copain le vent
Pour partager quelque secret dont je n’oyais que la chanson,
Une vieille ritournelle évidemment
qui confinait à l’engueulade
quand l’orage surgissait
pour ranimer de vieilles querelles…
Vétéran d’une troupe colossale
qui reliait le ciel à la terre,
Tu as rejoint l’autre jour tes vieux compagnons
Tombés au champ d’honneur des dernières tempêtes
Ou disséqués par ces Don Quichotte à la tronçonneuse
qu’on appelle bûcherons…
Vos couronnes arrachées comme les ailes des moulins
n’accrochent plus les étoiles
Et je ne pourrai désormais qu’imaginer les reflets de vos ramures
Dans le pétillement des premières lueurs du jour.

❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈ Séance du 18-02-2017 ❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈

Cheval d’orgueil

à Pierre Jakez Hélias

Cheval d’orgueil,
quand le vent de la mer me parle de far et de fées,
d’orages et de légendes – et de labeurs aussi,
je songe à revoir l’Aven et la colline où mes aïeux reposent,
ceux qui mêlaient la prière, le travail et le chant-
sabots rugueux et coiffes de dentelle,
racines dans le sol et branches dans le ciel…

Cheval d’orgueil,
quand je suis assise devant ma page avide
de mots tendres et bouleversés, de locutions secrètes,
j’écoute chanter les gabiers d’artimon et les terre-neuvas
qui passaient sans sourciller des harouelles à la charrue,
des cris de la hune à la Fest-Noz.

Cheval d’orgueil,
quand dresseras-tu les oreilles
pour entendre le désir que j’ai de m’endormir
dans la chaleur de ton éternité ?
Je m’allongerai sur la grève, un soir, peut-être,
parmi les âmes errantes de la baie des Trépassés
et, souriant à la vie, je dirai : « Kenavo ».

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