-Alain Henry – Poésies –


Trois haïkus de Noël


première neige –
la vieille attifée
comme un sapin de Noël
 
sur le sapin de Noël
la toile d’araignée
d’Halloween
 
branche secouée
soudain la neige
dans mes cheveux
 
Vert
 
Vert
porte malheur
il paraît
 
Pourtant vert
c’est la vie
le bois vert
pas le bois mort
 
Vert
la chlorophylle
poumon de la planète
panneau solaire de la nature
toute vie sur Terre en dépend
est-ce que la vie porte malheur ?
 
Vert
c’est la nature apaisante
nos parcs et nos bois
indispensables
sinon pourquoi
les fleurs au balcon
les plantes en pot de nos salons?
 
Est-ce la nature domestiquée
apprivoisée
bonsaïsée
qui nous porte malheur ?
 
Est-ce la forêt vierge
profonde
sauvage
lieu de toutes nos peurs
les ombres, les loups, les bandits
la glaise humide de notre inconscient
irez-vous l’explorer ?
à vos risque et périls
mais quels trésors y sont cachés
non, ce n’est pas cela qui nous porte malheur
mais peut-être
sa destruction ?
 
Vert
c’est la vie
un gri-gri
un talisman
porte-bonheur

A quoi bon écrire un poème ?


À quoi bon écrire un poème
puisque tout périra ?
à quoi bon, si le monde doit disparaître
dans le feu nucléaire
ou l’effet de serre
à quoi bon, si rien n’est éternel
 
À quoi bon
aligner des mots
cadencer les sons
mélanger les sens
écrire ce poème ?
Que pourrais-je ajouter
à Hugo, à Rimbaud ?
 
Qui le lira, qui le chantera ?
Mais alors, ces mots
les hurler dans la rue
les tagger sur un mur
les poster sur un blog
les murmurer à mon oreiller, à mon doudou ?
 
À quoi bon écrire ce poème
ne me dit pas
que c’est l’espoir
d’un moment de gloire ?
 
À quoi bon ?
Pour quoi faire ?
Nourrir les affamés
combattre l’injustice
éveiller les consciences
raisonner les idiots ?
 
À quoi bon écrire ce poème ?
Mais pour l’étincelle, pour la flamme, pour l’incendie !
Bon sang, pour l’élan, l’envol, l’ivresse, l’extase !
le contact avec l’infini
le feu qui renaît sous les cendres
l’envol du phénix
le bonheur de trouver le bon mot
 
Un lever de soleil dans la brume
un seul regard qui s’allume
voilà pourquoi

Rouge

Rouge
le feu, le sang
est-il une couleur plus ambivalente ?
 
incendies ou braises du foyer
blessure béante ou énergie qui circule
fruit mûr ou poison
 
l’être humain est ainsi fait
qu’il joue avec le feu
 
désir ou interdit ?
 
toujours
en équilibre
sur le fil
 
amour ou enfer ?
 
sans savoir de quel côté
il va tomber

Chasseur

L’homme moderne
d’une main son téléphone
de l’autre
les clés de sa Maserati
il revient de la chasse
au petit déjeuner
de sa bouche
pend
un lambeau
de pain au chocolat

Quelques haïkus

confinement –
tous ces voyages
en ultra HD
 
enfermé –
trop de chaînes
à la télé
 
épater les amis –
le double salto arrière
de la crêpe
 
dissimuler
les bouteilles vides –
toute sa fierté
 
ses cheveux assortis
à son polo –
rose
 
balade vespérale –
perdu dans les gazouillis
le bip d’un texto
 
la chambre d’hôtel
soudain plus gaie –
son mot dans la valise
 
balade du soir –
au rythme de mes pas
les volets se ferment
 
vernissage –
la beauté
des malheurs du monde
 
méditation
longue de 300 km –
trajet de nuit

Blanc

Blanc
tout est possible
 
le noir enferme
le blanc ouvre
tellement qu’il paralyse
 
neige, brouillard et soleil
white-out absolu
plus aucune sensation
tellement que je n’ose plus avancer
 
j’en viendrais presque à aimer la nuit et ses cauchemars
les insomnies
donnez-moi une veilleuse, une loupiotte, une allumette
 
je veux voir ton visage mon amour
tu es si pâle au milieu de la nuit

Rire

La dernière fois que j’ai ri aux éclats
ça devait être une blague de ma copine
saugrenue
et monumentale
 
je me roulais par terre
impossible de s’arrêter
 
dès la moindre accalmie
un mot d’elle jeu
un regard        étincelle
un geste          rappel
et je repartais de plus belle
 
je riais aux éclats
et chaque éclat
comme un éclair
embrasait les sombres humeurs du monde

Alain Henry, mars 2021