novembre 22

– Agron Cupishti – poésies –

❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈ Séance du 20-10-2018 ❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈

Il faut mordre dans la vie…

 
« Il faut mordre dans la vie sinon c’est elle qui te mord ! »
 
Il manquait quelques dents à celle qui me tint ces propos mais,
tout bien pesé, je trouvai cela fort juste.
La vie m’avait mordu à l’ endroit du cœur et du ventre aussi.
J’avais peur tout le temps, j’angoissais, j’en suais et c’est ainsi
que je trouvai refuge en ce centre, devisant quelque peu avec cette
dame tenant plus de la boule de démolition en général que de l’éphémère consolateur qu’elle fut en ce bout de chemin parcouru.
Mordre dans la vie …
Et il faisait encore beau et de jolis fessiers passaient.
Je n’avais plus aimé depuis quand?
Oh ! Je ne parle pas de ces quelques soubresauts épileptoïdes
mêmes s’ils ont pour effet de nous perdre à nous-mêmes fût-ce une
poignée de secondes.
Je parlais d’aimer avec un grand a.
Donner son cœur.
Don d’organe de son vivant!
Tiens! Regarde, il bat et palpite encore.
Porte-le au soleil et tu verras toutes ses nuances de
rouge. Ça change du gris.
Non, pas même la peine de le porter si haut.
Porte-le à hauteur de tes yeux, cela suffira. C’est ton regard
qui l’éclaire et lui prodigue tous ces reliefs.
Mais je parle et tutoie dans le vide. Je n’ai rencontré personne
sur le chemin de la vie que ma propre désorientation.
L’amour, cela faisait si longtemps.
Là, je rentrais chez moi, d’un pas las. Je savais que la mordeuse de vie
allait mordre la poussière une fois rentrée chez elle dans sa maison
impeccable. Je savais que d’autres allaient se jeter sur leur
bouteille ou leur quelconque bouée de sauvetage de substitution.
Moi, je voulais retrouver l’émoi d’une première fois. Ce qui n’a
pas de prix, ce qui s’est mis hors-temps. Le premier baiser, la
 
première phrase bien troussée.
Je donnerai tout ce que j’ai – et en plus je n’ai rien, pour
revivre cela.
Avoir le cœur qui bat, pas un vulgaire caillou poussé
vers le Ciel boueux de je ne sais quelle Marelle de la première cour
venue.
Ah ! La première Marelle!
Bon, je vois que je ne suis pas sorti de l’auberge.

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J’avais un toit…

J’avais un toit

deux jambes

dessus la tête

deux jambes

deux bras

et même

deux yeux

un cœur

qui bat

 
J’avais tout ça

le ciel

pouvait

être bleu

gris

bas

si haut

 
J’étais vivant

j’étais là

une flamme

dans le cœur

dans les yeux

une lueur

 
J’étais parfait !
 
J’avais tout
J’étais debout
 
Je ne le savais pas

❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈ Séance du 19-05-2018 ❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈

Je bois bio

Je bois bio
Je mange bio
Je métro bio dodo
Je chie bio
Je vomis chimio
Et la tête sur le billot
Je meurs idiot
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Vœu

un poème
ne devrait
faire que
quelques signes
puis filer
 
…comme
une étoile
dans une nuit
blanche
de papier

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Une seule vie

Une seule vie
une seule voix
deux cordes vocales
et dix doigts
pour me pendre à ton cou
et te dire combien je t’aime

même si en amour on ne compte pas

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On parle toujours

On parle toujours
du sourire de la Joconde
on ne parle jamais
de ses mains
de ses seins

On parle toujours
du sourire de la Joconde

… jamais du tien

❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈ Séance du 18-11-17 ❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈❈

J’avais pris ce que je pouvais…

J’avais pris ce que je pouvais ; documents, linge, livres…
Pour un peu j’aurais pris doudou et oreiller mais là où je voulais aller, ils ne l’entendaient pas de cette oreille. Je n’étais pas assez déglinguos pour eux. Je n’entendais pas assez de voix, pas eu d’hallucinations, n’avais pas encore joué du couteau comme de l’archet sur mes veines. J’avais bien une petite musique triste mais elle était rien qu’à l’intérieur de mon crâne comme dans une boîte à musique et même si des notes fausses, parfois, s’échappaient, de mes pupilles, ça ne suffisait pas.
J’avais pris du sent-bon, ma vieille brosse à dents, mon gel de rasage, mon peigne, mon pyjama, un short au cas où. Pourquoi pas un maillot de bain ? Mais là où je voulais aller, je ne pense pas qu’il y avait beaucoup d’étendues d’eau et du sable fin dont on fait les châteaux. Pourtant, ce n’était pas la mer à boire, j’angoissais au maximum et je savais plus rester chez moi. Je me carbonisais littéralement. J’avais pris un morceau de chocolat, un autre de fromage, en attendant qu’ils recollent les miens, de morceaux.
J’avais pris la poudre d’escampette de chez moi, j’avais pris feu. Ils ont douché rapidement mes espoirs. Pas de place. On n’hospitalise pas comme ça.
Oh ! Il devait certainement y avoir une petite réserve quand même, un cagibi, une sous-location, mais bon, j’étais arrivé tout propret, avec mon discours bien structuré, beau langage et tout. C’est que plus d’une trentaine d’années de souffrance pas forcément palpables et visibles, je pouvais les réciter à l’envers, les psalmodier. J’aurais poussé un hurlement à décapiter tous les cris…
Alors voilà, je repris armes et bagages. J’avais oublié de prendre mon canard de bain mais c’était oublier que je n’avais pas de baignoire et que, tout de même, j’avais passé l’âge ! Ne rien oublier. Repartir avec son petit tas de misères, à peine dévoilé, entrevu à ceux qui ont déjà tout vu et entendu. Exhibitionnisme du malheur. Je referme ma fermeture éclair et la nuit se referme de nouveau sur moi. J’avais espéré quelques lueurs…
Je ressors de là. Non, je n’entends pas de voix, je n’ai pas l’impression que l’on m’en veut, que l’on m’espionne.
Mais m’a-t-on réellement écouté ?

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Un muet…

Un muet
se pend
à ses
cordes
vocales
 
un cri
s’est
défenestré
 
le monde
fait
silence
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il marche …

il marche
sur les mains
parce qu’il n’a
pas les pieds
sur terre
 
la terre
tourne à l’envers
alors il prend
son contre-pied
 
il marche
sur les mains
sur une terre
qui ne prend
de gants
avec personne
 
un jour
il retombera
sur terre
et tout le monde
s’en mordra
les doigts

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Un, deux, trois…

Un, deux, trois… je compte pour dormir.
Quatre, cinq, six… parce que je compte dormir.
Sept, huit, neuf… je suis toute jeune, mais je peux compter jusqu’à bien plus !
Jusqu’au nombre de mes doigts, par exemple.
Les doigts de pied, ça compte ?
Dix, onze, douze… Ah oui ! Apparemment.
Treize, quatorze, quinze… Mais après, quand j’aurai plus de doigts ?
Seize, dix-sept, dix-huit… Pour l’instant, j’en ai encore.
Dix-neuf, vingt, vingt et…
Chut ! À présent, je dors.
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Dans la vie …

Dans la vie, je suis chargé de vendre. Quoi ? Je ne sais même plus. Je suppose, n’importe quoi.
Je passe sans arrêt des appels. C’est ma fonction.
Je viens enfin d’obtenir son nom à cette haute responsable : Mégane.
Hier soir, j’avais rencontré une splendide créature : Clio.
Mégane, m’a pris de vitesse, et je lui ai rien vendu.
Hier, Clio, m’a battu froid de son fard qui soulignait à vif le bleu métallisé de son regard.
J’ai voulu me consoler dans les bras de Mercedes, mais j’avais pas assez de thune dans ma poche !
Les relations amoureuses aujourd’hui sont devenues de véritables réseaux autoroutiers.
Jamais de ma vie, je n’avais été à ce point mis sur une voie de garage.
Je me jetterais bien sous les roues d’un véhicule.
S’AUTO-détruire, ce serait mourir comme on a vécu.

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Cinq fruits

Cinq fruits
et légumes
par jour
la télé
la radio

martelé aussi
supermarchés
salles d’attente
hostos

je mords
ta bouche
j’ai mon dû

je goûte
ta peau
je suis mordu

je t’épluche
te voilà
nue

Cinq fruits
autant de légumes
par jour

Je préfère toi
… mon amour
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Ils parlent tous en ton nom

Ils parlent tous en ton nom
l’Ado, la Marine, le Gronchon
puis Celui qui mène campagne
comme boulet… sa compagne
Ah ! j’oubliais
mâchoires serrées
Benoît le benêt

Ils parlent tous en ton nom
qu’attends-tu ?
… oui, je sais
une Jeanne
un Charles
Un Napoléon

mais le monde
n’est plus
à la France

le monde a changé
de cap et de langue

Merde !
Pas de chance
et l’élégance
la précision
la pensée

la diplomatie
la poésie
l’Esprit ?

Ils parlent tous en ton nom
Et surtout une
avec son Front parler

pourvu que dans les urnes…

Merde !

Hommage à madame Frédérick et son classeur de Quatre-vingt-onze et à son frère aussi. Elle comprendra.

donner

Il faut donner
donner
son temps
à défaut, sa montre
donner tout le temps
se donner dans
les rencontres
se donner à feu
se donner à sang
donner son mouchoir
ou filer sa crève
mais donner…
ne pas le faire
c’est souvent crever
se donner à tu
se donner à toi
à toi surtout
je donnerai tout
même le toit
que sur ma tête
il y a pas
donner…
donner son lit
mais y rester
surtout si
une jolie fille
y couche ses rêves
donner
donner
sans reprendre
vider ses poches
à se surprendre
et quand dans les poches
il y a plus
donner encore
donner ses poches
donner
donner
sans peur et sans…
se donner à feu
se donner à sang
se donner
sans reproches
et n’avoir rien
un beau jour
à se faire
pardonner
donner
rien que donner

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