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Février

Voici que Février revient, plein de promesses,
Çà et là quelques fleurs s’ouvrent hâtivement ;
Il peut encor neiger, mais le grand froid régresse
Et l’on perçoit déjà des jours l’allongement.

Le printemps apparaît, le rude hiver s’achève ;
Par les champs, par les prés, dévalent les ruisseaux,
Le vieil arbre bourgeonne et se gorge de sève,
Bientôt, dans sa ramée, nicheront les moineaux.

Un soleil radieux inonde la colline,
Au jardin tout prend vie, tout cherche à émouvoir,
Et je sens, sous mes pas, tandis que je chemine,
La terre qui frémit et palpite d’espoir.

Isabelle Callis-Sabot
Agenda
AFFICHE NRE 44
« Nota Bene : En raison de l’évolution de la situation sanitaire, le programme pourrait-être modifié ou soumis à des conditions particulières. A l’heure actuelle, il est rappelé que pour pouvoir assister aux séances du GJT, il faut disposer d’un Covid Safe Ticket valide et que celui-ci est contrôlé à l’entrée de La Fleur en Papier Doré. En cas de modification du programme (annulation de la séance) ou des conditions d’admission, le GJT vous tiendra informé via sa page Facebook (www.facebook.com/Grenier-Jane-Tony-292284614310877) et la rubrique « Agenda » de son site (www.grenierjanetony.be). En vous remerciant pour votre compréhension. »
Edito
Afin que mon nom soit établi pour les jours lointains…
SHULGI
Reconstitution du buste d’une
Courtisane de la 3ème dynastie
Sumérienne d’Ur (-2.500 JC)[1]

« Afin que mon nom soit établi
pour les jours lointains
et ne tombe jamais dans l’oubli…. »
Shulgi (-2094/-2047 JC)
Poème de louange {Shulgi A}, v.36

[1] Crédit photo : AKG images pour « Pour la Science », n°370
Je dois à notre Webmistress, Shirah, l’idée de retenir un vers de la poésie mésopotamienne pour incipit de cet édito.

Shirah -qui s’occupe du maquettage, de la mise-en-page et de la diffusion de votre revue préférée de poésie vivante, sélectionne chaque mois, pour votre le plaisir et pour le mien, le poème d’ouverture de celle-ci et le poème du temps jadis que nous vous offrons- a en effet choisi de nous rappeler que parmi les noms les plus illustres et les plus anciens de la poésie, qui nous soient connus, figure celui d’une femme Enheduanna (En-Hedu-Ana, « Noble ornement du Ciel), fille du roi Sargon d’Akkad dit Sargon l’Ancien (+/- 2.300/-2.200 JC), peut-être la plus ancienne poétesse, bien avant Homère, dont la postérité a retenu le nom.

Vous lirez l’hymne que Shirah vous en a réservé. Vous y lirez, Poètes, ce beau procédé poétique qu’est la construction en chiasme. Tu apprendras, ma bonne amie, avec les scribes d’Akkad et de Sumer que déjà le poème était, que déjà la forme était…

Ainsi de Saggil-kênam-ubbib qui signe son poème d’un(e) acrostiche, déjà, déjà…

Pour ma part, j’adore ces vers d’Enheduanna tiré de « L’Exaltation d’Innana » : « Je m’approchai de cette ombre mais j’étais couverte d’orages/ Et le miel de ma bouche était devenue d’écume… » ou ceux de Shulgi, le deuxième roi de la 3ème dynastie d’Ur : « Je suis le roi, l’arme et la chute des terres rebelles… » … Qui ne penserait à Nerval, n’est-ce pas ?

Et pourtant ces textes ont près de quatre mille cinq cent ans et déjà le souffle de la poésie était et, déjà, la lettre et le chiffre régnait…

La lettre et le chiffre il en sera question dans la chronique que je fais d’« Éphémérides », le Chant de Jane n°30 de notre ami et spécialiste du haïku Jean Luc Werpin que nous recevrons le samedi 19 février prochain pour un spécial Bas les Masques qu’emmènera et animera Marguerite Marie James, en direct de la salle Julien Vrebos à La Fleur en Papier Doré.

La lettre et le chiffre encore avec la récente sortie de l’ultime -nous-dit-il- recueil de poésie minimaliste oulipienne de Marcel Peltier avec « Patience, le sistre ! ».

La lettre, toujours, avec la langue mordante et désopilante d’Éric Allard dans « Grande vie et petite Mort d’un Poète fourbe », son dernier recueil que vous chronique Martine Rouhart.

Les lettres, Poètes, les vôtres, avec ce mois-ci près d’une vingtaine d’auteurs qui publient leurs « cansos » dans nos colonnes. Comment vous dire, merci ?

Peut-être en rappelant que si la poésie ça se lit, la poésie ça se dit ; nous inaugurons donc une nouvelle série, « Le Grenier en scène », qui vous permettra chaque mois, via notre chaîne Youtube de retrouver le résumé de la scène libre de nos séances mensuelles et des lectures qui s’y donnent, que Vous y donnez ! [1]

Je vous parlai de canso et il se trouve qu’à la fin de cette vidéo inaugurale vous pourrez découvrir, « Bruxelles, ma belle symphonie » la chanson que nous a interprétée la douce Anthéa, une jeune fille qu’il faudra suivre…

Et si vous nous suivez à la trace, alors nous vous proposons de vous emmener retrouver Dominique Aguessy pour un entretien mené tambour battant par Marguerite Marie ; c’est dans « Bas les Masques », bien entendu !

Les traces, quelles traces laissons-nous « afin que nos noms soient établis pour les jours lointains et ne tombent jamais dans l’oubli » nous interrogeait, d’outre-siècle, Shulgi ?

Ici, au Grenier, nous vous dirions volontiers : « oh ! un rien sans doute… si ce n’est l’empreinte d’un poème »

Thierry-Pierre Clément a bien voulu nous faire l’amitié de nous prêter sa voix et sa si tendre personnalité pour nous lire une sélection de poèmes du regretté Jean Dumortier qui assura, longtemps, ici, la charge de Secrétaire de l’association. Une capsule de « Poésie au Grenier », que je vous invite à ne pas rater et que nous dédicaçons à sa bien-aimée Claire.

Enfin, comme chaque mois, nous vous offrons un large tour d’horizon des dernières parutions parmi lesquelles on notera la toute première édition en recueil bilingue de notre nouveau Poète national, Mustafa Kör, « De pain et d’Amour – Brood and liefde ».

Et de l’Amour si ce n’est de pain, Poètes, au Grenier, nous en avons plein à vous en donner afin que vos noms soient inscrits pour les jours lointains…

À demain,
Lystéria Valner
Le 3 février 2022
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[1] NB : minute papillon, on va la remplir petit à petit, avec un petit décalage dans le temps, mais à la fin, comme dans un bon poème, tout y sera…enfin, normalement

Poésies
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Entretiens d'Auteurs
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Bas les masques_Episode 4_Dominique Aguessy_vigniette
Chroniques de lectures
Eric Allard, Grande vie et petite mort du poète fourbe, éditions Cactus Inébranlable, 2021, illustration de couverture Béatrice Libert

Un petit livre dense (à lire au second degré ?) qui secoue, fait sourire, souvent rire (parfois jaune), personne n’en ressort totalement indemne, poètes trop fragiles s’abstenir… (*)

Humour, dérision, flèches bien ciblées égratignent le petit monde de la poésie. Il est vrai que la tendance actuelle de déclarer que « tout est poésie » est tout de même exagérée…

En tout cas, chacun lira/interprétera le recueil à sa façon, selon ses goûts et ses propres sensibilités. N’y a-t-il pas autant de genres de poésie qu’il existe de poètes ?

Eric Allard alterne entre petites phrases assassines, mini récits, clins d’œil à l’un ou à l’autre, pensées profondes des dits poètes… et dialogues (imaginés entre eux mais lucides et réalistes), « soixante-deux biographèmes » qui évoquent la vie supposée du poète fourbe.

Beaucoup devraient s’y reconnaître d’une façon ou d’une autre, ou reconnaîtront certains de leurs collègues écrivains…

Pendant qu’il dort, le poète fait des rêves éloquents dont il recueille au réveil la substantifique moelle narrative sur une méridienne Ikea face à l’Abba (du) jour et une sérigraphie de Freud par Warhol.
Puis il poste sur son site, Notes de rêves, ses aventures oniriques pour insomniaques.

On y puisera des vérités bien trouvées :

Cet auteur à la profuse personnalité publie un livre par moi.

Le critique commis d’office est amené à défendre les causes littéraires les plus désespérées.

L’angoisse de la page blanche nous évite bien des œuvres inutiles.

Et ces légères cruautés entre auteurs qui, en effet, peuvent exister :

-J’ai lu ton livre.
-Et moi le tien.
-Je l’ai beaucoup aimé.
-Pour ma part, je pense que c’est ton meilleur.
-Si ce n’est la fin qui m’a, disons, interpellé…
-Pour tout dire, j’ai aussi de nettes réserves à formuler…

Les chroniqueurs littéraires de poésie ne sont pas oubliés :

La critique littéraire s’attache au corps du texte. Mais son cœur, qui s’en soucie ?

Quand sa pile est à plat, le chroniqueur littéraire cesse de fonctionner : il peut commencer à lire librement.

On le sait, Eric Allard est lui aussi poète, et le recueil est émaillé de jeux de mots qui sont bien plus que des jeux de mots, mais tout simplement de la poésie :

Cet auteur né de la dernière pluie a rayonné le temps d’un arc-en ciel.

Terminons par ce joli dialogue poétique et assez vrai qui rassemblera et mettra d’accord sans aucun doute nombre de poètes :

Histoires de dire
-Vous puisez où, la déraison ?
-Dans la vie de tous les fous.
-Et la blancheur ?
-Dans la nuit de toutes les rages.
-Et l’inspiration ?
-Dans l’ivresse de tous les jours.

Martine Rouhart

(*) D’autres s’y sont aussi essayés, comme Francesco Pittau, Les Hamsters de l'agacement, (Cactus Inébranlables éditions 2016) ou Marc Menu, Ce soir c’est relâche (Le Taillis Pré, 2020)
Jean Luc Werpin, Éphémérides, Les Chants de Jane n°30, GJT, janvier/février 2022, 24 p., 5,00
JL WERPIN
« En matière d’art il convient de suivre la nature créatrice
et de faire des quatre saisons ses compagnes.
De ce que nous voyons, il n’est rien qui ne soit fleur,
de ce que nous ressentons rien qui ne soit lune.
Qui dans les formes ne voit pas la fleur est pareil aux barbares.
Qui en son cœur ne ressent la fleur s’apparente aux bêtes brutes »
Matsuo Bashô (1644/1694)

J’aime les allers et retours, j’aime ce qu’ils décentrent de l’ici et du là-bas. J’aime ce qu’ils dévoient du temps !

Bashô (17ème siècle) maître et « père » du « Haïku » naturaliste, Buson (18ème) prince des Méditations ontiques, Issa (19ème) et sa romantique du « je » et Shiki (20ème) en Rimbaud du Levant, le haijin ou haïkiste qui ouvre l’ère moderne, tel est le tétramorphe de la poésie japonaise (waka) dont le porte-étendard le plus connu est le « haïku ». Seulement, voilà, hormis Shiki qui en forge le mot en 1891, aucun d’entre-eux n’a jamais su qu’il écrivait des « haïkus ».

1891, au Japon nous sommes en pleine période Meiji, époque d’ouverture au monde après la quasi-fermeture (le « sakoku »)[1] du pays décidé par le shogunat Tokugawa[2] au milieu du 17ème siècle.

L’ouverture[3] signifie pour le Japon, qui reprend le système universitaire occidental, la réception des littératures « nationales » étrangères (anglaise, allemande, française, russe, etc…). Et bientôt apparaît le néologisme « haïku » pour caractériser une poésie et une littérature qui se cherche « nationale ».

D’abord, chez nous -dans les pays du soleil couchant- nous découvrons avec un certain embarras et un désintérêt non moins certain, vers 1860, des « tanka »,[4] ces « chants courts » de la poésie japonaise, que nous jugeons être de piètres jeux de mots.

En 1902, cependant, Basil Chamberlain publie « Bashô and the japanese poetical epigram », première étude en langue occidentale consacrée au « haïku », dont Paul-Louis Couchoud s’inspire pour publier en 1906 « Les épigrammes lyriques japonaises », traduction des premiers « haïkaï »[5] en langue française…mais, bien souvent, au départ des traductions anglaises (Couchoud ne parlant pas le japonais).

Plus d’un siècle d’itinérance du haiku dont se sont emparés, dans le monde francophone, des noms aussi illustres que Paul Éluard, Paul Claudel ou Jacques Roubaud.

Cent-trente ans de « haïku », cent-quinze ans de « haiku francophone » donc et une passion qui n’a jamais été aussi partagée qu’aujourd’hui pour cette forme poétique. [6]
Du caractère « universel » du mot « national »[7] …. sans doute… Le Japonais, homme-universel (je ne suis pas sûr, pourtant, que cela leur plaise) ? Le japonais, langue édénique, je veux dire a-temporelle -d’avant le temps et pour tous temps, voilà qui ne plaira pas au chinois, en tout cas- ?

Qu’est-ce qui, dans cette forme poétique particulière, touche donc tant les poètes et le public ?

Sa brièveté, son formalisme, sa puissance évocatrice plutôt qu’énonciatrice, son épure esthétique fondamentale, son esthétique de la communité et de la quotidienneté, son intimisme, son naturalisme, son « immédiatisme/présentialisme » et son immanentisme -ensemble où l’homme occidental contemporain se refait une spiritualité- songe-t-on (autant nécessité de l’époque que signe et contresigne de celle-ci), à moins que ce ne soit sa désarmante complexité, sa paradoxalité unifiante comme l’ont montré les maîtres de l’Oulipo ?

Tout cela est vrai et tout cela fait une « poétique » ; Son efflorescence, voire même sa prédominance -quoique l’on en pense- signent le triomphe de la poésie à notre époque en ce qu’elle témoignent de sa nécessité fondamentale à l’Homme, même à cet homme -qui se croit de la fin de l’histoire- revenu de tout ; des cieux qu’il voit désertés, de la terre dont il a fait le tour, de l’humanisme comme de tous les autres « -isme », des univers qu’il ne voulait pas si grands et même du credo des sciences qui a noyé la vague espérance…

- reste l’écume de nos mers confuses, un peu
de technique arrachée aux orages et les rives
infranchissables du TWAZAMWA[8] sur lequel
cingle ma galère mandingue…demain,
demain,je serai au Levant !

Il n’est pas étonnant, ni indifférent, que Jean Luc Werpin fut d’abord publié au Pays-du-Soleil-Levant où ses textes français furent traduits en japonais et présentés dans les deux langues dans « Anthology Haïku University ».

Puis ce furent des publications dans la Revue du tanka francophone et enfin la publication de deux recueils, « Menues Monnaies » et « Les Fines Rides du Temps » chez Jacques Flament.

Avec ce troisième recueil, Éphémérides, publié sous le numéro 30 de la collection « Les Chants de Jane », Jean Luc Werpin s’affirme une fois de plus comme l’une des valeurs sûres du genre dans l’espace francophone et n’en doutons pas, lui qui est disciple du haijin Yasushi Nozu, du Japon.

Comment ne pas être frappé par exemple, par le très « bashôéen » : « le cri des mouettes/emporte le silence/ ---- plus vives les vagues », le très « shinkiste » : « J’écraserai mes haines/ comme un vieux mégot/ trop longtemps mâchouillé/ / puis/dépouillé de tout/ léger comme une plume/ je partirai/ tutoyer le silence » ou encore le très « busonéen » : « avec le temps/la pierre se fait sable/ ---- je serai poussière » ?

Mais il n’est pas seulement inspiration et hommage aux Antiques, comme en témoigne cette recontextualisation -toute européenne et, pour le coup, je serais véritablement surpris si l’on me disait qu’un Japonais aurait pu tout aussi bien l’écrire- au sujet, ai-je cru,[9] de la crise migratoire syrienne et de la photo de ce petit garçon, Aylan -vous vous en souvenez peut-être- gisant mort sur une plage turque en novembre 2015, lisez plutôt :

« plages océanes
l’écho lourd
d’un lointain naufrage

et
l’enfant
mort

ainsi dit
tout
est dit

d’un rêve
la cruelle
mémoire »

S’il est un procédé poétique qui subsiste dans la poésie contemporaine -au contraire de la rime, par exemple- c’est l’allitération. Le jeu en est particulièrement marqué dans l’écriture de Jean Luc Werpin, comme le montre ce tercet : « blessures/ ---- mes usures/ susurrent » mais, me direz-vous, est-ce encore un haïku ?

On sait en effet qu’un haïku japonais (on préfèrera cette épithète à « traditionnel ») se compose de 3 vers comprenant successivement de 5, 7 et 5 mores[10]. On ne discute plus aujourd’hui, me semble-t-il, de ce que l’on pourrait nommer la « conversion syllabaire » aux fins d’adaptation. Un « véritable » haïku francophone c’est donc 3 vers de 17 syllabes réparties, 5/7/5.[11] Cependant, d’une part, il a toujours existé dans les haïkus japonais des formes irrégulières dont les transgressions ont été admises, ce sont les haikus « hachô » (au « rythme brisé ») qui distinguent entre poème « ji-amari » ( avec une « lettre en trop ») et « ji-tarazu » (avec une « lettre en moins ») et, d’autre part, Jacques Roubaud -remarquant que le haïku était basé sur les nombres premiers- en a de longue date proposé une restructuration avec le fameux « haïku oulipien généralisé » (de structure 5/3/5). D’autres auteurs -on pense évidemment, pour la Belgique, à Marcel Peltier- en ont proposé leur version. Développant cette idée et constatant que la forme « roubaldienne » s’inscrit également dans la « suite de Fibonacci », Jean Luc Werpin en propose donc de nouvelles expressions sous la forme 3-2-3 qu’il tire de cette suite mathématique.[12]

Et puis, somme toute, toutes ces questions techniques s’effacent devant la définition « werpinéenne » du haïku : « haïku écrit ---- / j’offre du temps / à l’instant ».

Le temps n’est-ce-pas l’enjeu des « éphémérides » (éphémères rides) précisément ? Que vous leur donniez le sens de calendrier « détachable », de « chronique » (au sens médiéval, cela va sans dire) ou de « calendes astrales », c’est toujours de temps dont il s’agit.

Rappel de la tradition humoristique attaché au haïku, Jean Luc Werpin s’en amuse autant qu’il s’en désabuse, lisez plutôt : « tic et tac/ passe le temps/ cet assassin » ; « jour des morts ---- / la mine réjouie/ de la fleuriste » ou encore : « peu à peu/ l’arbre se dépouille/ ---- je me mens ».

Le « Tout » ne se dit pas, enseignait Jacques Lacan, car tout est impossible à dire.[13] Lacan eut un succès frappant au Japon, on ne s’en étonnera pas vu le goût des Japonais pour les jeux de mots et pour l’évocation et la con-vocation plutôt que pour l’énonciation. Ainsi le texte du haïku sera-t-il par nature polysémique et ouvert à interprétation.

J’en termine ainsi de cette chronique : « à petit cris/ ma voisine succombe / ---- cinq à sept », cette voisine, était-ce lui avec elle, elle avec un autre, peut-être même était-ce vous… ou… votre voisine ?

Je vous avais dit que j’aimais les allers-retours…et, les femmes -surtout la vôtre- cela va de soiE !

Lysztéria Valner

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[1] Ce qui, oui, humm, surtout si vous l’écrivez en notre bonne langue françoise vous oblige, pour ne pas vous tromper, à dire : « sac-au-cul ». Si vous pensez ma remarque seulement grivoise, vous vous trompez. Vous apprendrez dans les pages qui suivent que le haïku, alors que le terme en avait déjà été forgé au Japon et qu’il était connu en Occident, fut introduit en France sous le terme haïkaï, non parce que l’on voulait faire plus authentique mais parce que le mot haïku rappelait trop le terme « cul », on voulait éviter, au moment où l’on entendait le diffuser, qu’il ne put donner lieu à des trivialités du type : « Ah ! aille/aïe (mon) cul ». Te voici édifié Lect-eur-rice-iel !

[2] Sympathiques dynastes locaux qui étaient d’autant plus sympathiques qu’ils avaient la dextre pacifique (ils firent régner près de 250 ans de paix intérieure) et étaient adroits au sabre ou « katana » (en quelque sorte un shogun ne reste qu’un samouraï qui a réussi)

[3] Ouverture légèrement contrainte, en 1853, par les canons du « Commodore » -ne riez pas, 007 à le même titre- Mathew C. Perry -qui à part cela était brave homme et bon chrétien, veut-on croire- il est vrai…mais ne soyons pas tatillons !

[4] Le tanka est un poème de 31 mores réparties sur cinq vers. Il se compose d’un tercet de 17 mores (5/7/5) et d’un distique de 14 mores (7/7). On date cette forme poétique approximativement du 8ème siècle. C’est ce tercet liminaire du tanka, qu’au cours des siècles, les poètes japonais vont affiner et faire évoluer et dont Bashô (1644/1694) fixera la forme que nous connaissons sous le nom de haiku, soit une pièce de 3 vers de 17 mores reformulé pour les occidentaux en un poème de 3 vers de 17 syllabes réparties 5/7/5.

[5] Pour la raison exposée en première note, ils ne sont pas encore des « haïkus » lexicaux, en France, mais leur genre propre et irréductible y est déjà défini : « Il n’est comparable ni à un distique grec ou latin, ni à un quatrain français. Ce n’est pas non plus ‘une pensée’, ni ‘un mot’, ni un proverbe, ni une épigramme au sens moderne, ni une épigramme au sens antique, c’est-à-dire une inscription, mais un simple tableau en trois coups de brosse, une vignette, une esquisse, quelquefois une simple touche, une impression. »

[6] Au point que moi qui, comme vous le savez, fréquente intimement le directeur d’un cercle poétique bruxellois, je me suis laissé dire qu’environ 60% des poètes-adhérents se présentaient comme « haïkiste » ou « tankiste » -quoique, personnellement, je ne sache si Trotski (qui était bon léniniste) trinqua, un jour, dans un tank ! -

[7] Dirais-je, Monsieur Zemmour…mais ne nous étendons pas !!!

[8] De toi {z’} à moi -comme vous savez tous que cela se prononce couramment- lect-eur-rice-iel, il ne s’agit pas d’un fleuve africain mais, si la pertinence de tout ceci t’échappe, camarade, tu peux relire les doctes enseignements (ce n’est jamais perdu…au moins pour les dîners en ville) d’Aragon au sujet de la prononciation réelle et courante !... en fait, c’est ça, Poète, qui te distingue du simple linguiste… heu, j’dis ça, j’dis rien !
[9] En réalité l’auteur a bien voulu me confier « l’intention » (mais chez lui elle n’est jamais fermée) relative à ce texte. Il m’explique ainsi que ce texte est, en réalité, dédié à Jules Supervielle et à Charles Lievens : « « .../... Marins qui rêvez en haute mer, les coudes appuyés sur la lisse, craignez de penser longtemps dans le noir de la nuit à un visage aimé. Vous risqueriez de donner naissance, dans des lieux essentiellement désertiques, à un être doué de toute la sensibilité humaine et qui ne peut pas vivre ni mourir, ni aimer, et souffre pourtant comme s’il vivait, aimait et se trouvait toujours sur le point de mourir, un être infiniment déshérité dans les solitudes aquatiques, comme cette enfant de l’Océan, née un jour du cerveau de Charles Liévens, de Steenvoorde, matelot de pont du quatre-mâts Le Hardi, qui avait perdu sa fille âgée de douze ans, pendant un de ses voyages et, une nuit, par 55 degrés de latitude Nord et 35 de longitude Ouest, pensa longuement à elle, avec une force terrible, pour le grand malheur de cette enfant » (dernier paragraphe de l’Enfant de la Haute Mer de Jules Supervielle). Ecrire ce poème m’a aidé à dépasser l’émotion immense, qui pendant près de 60 ans, me submergeait à l’entame du dernier paragraphe de ce sublime récit. Aujourd'hui, je suis plus serein après avoir posé mes mots sur mon émotion. »

[10] La more est une unité phonologique infra-syllabique. L’auteur m’apprenait que les 17 mores totales du haïkus japonais correspondait approximativement à 13 syllabes. Exemple peut-en être donné avec le nom de la ville de Tokyo qui comprend pour nous deux syllabes (To/kyo) mais pour un Japonais quatre mores (To/o/kyo/o), ce qui vous explique aussi pourquoi Tokyo est plus « exactement » transcrit Tôkyô.

[11] Il convient cependant de noter que dans la tradition shintoïste, les chiffres ont une valeur symbolique et non seulement mathématique. Ainsi, le « 5 » est le nombre qui symbolise l’harmonie (pour faire bref) et le « 7 » représente l’esprit et la vérité (toujours pour aller vite).

[12] Il en a même proposé une version épurée à l’extrême structurée 2-1-2, qu’il nomme mini-trident (Roubaud ayant appelé sa proposition (5-3-5) le « trident » et la structure 3-2-3 étant définie par Jean Luc Werpin comme un petit trident

[13] Ajouterais-je en bon émule.
Le Grenier en Scène
Dans cette nouvelle rubrique, « Le Grenier en Scène », vous pourrez retrouver chaque mois le résumé des séances de lectures mensuelles tenues par le GJT. Une occasion de découvrir nos poètes et chansonniers vous présentant leurs œuvres parce que si la poésie ça se lit, ça se dit et ça se chante aussi !
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Grenier en Scène
Du temps jadis
ENHEDUANNA 2
Le temple Zabalam d'Inanna
maison enveloppée de rayons de lumière
porter des bijoux en pierre brillante réveillant une grande crainte
sanctuaire de la pure Inanna
(où) les pouvoirs divins le vrai moi se sont répandu
Zabalam
sanctuaire de la montagne brillante
sanctuaire qui accueille la lumière du matin
elle fait résonner le désir
la Sainte Femme fonde ta chambre sacrée
avec envie
ta reine Inanna de la bergerie
cette femme singulière
l'unique
qui dit des paroles haineuses aux méchants
qui se déplace parmi les choses brillantes
qui va contre les terres rebelles
et au crépuscule rend le firmament beau
toute seule
grande fille de Suen
pure Inanna
maison de Zabalam
a construit cette maison sur votre site radieux
et a placé son siège sur votre estrade
Poésies au Grenier
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PoesieS au Grenier_Jean Dumortier_vigniette
PARUTIONS
Yvon Le Men
Yvon Le Men, Les Épiphaniques, 160 p., Bruno Doucet, 03.2.2022, 16,00 Є
Yoann Sarrat
Yoann Sarrat, Caisson de destruction sensorielle, 192 p., Al Dante/Les Presses du Réel, janvier 2022, 14,00 Є
William Heinessen
William Heinessen, Élégies arctiques {Traduction : Piet Lincken), 82 p., Du Cygne, 18.1.2022, 12,00 Є
Valérie Rouzeau 2
Valérie Rouzeau 3
Valérie Rouzeau 1
Valérie Rouzeau, Pas revoir suivi de Neige rien, 160 p., La Table Ronde, 10.2.2022, 7,10 Є
Sylvie Thibaut-Buffart
Sylvie Thibaut-Buffart, Ce que le cœur murmure, Chloé des Lys, janvier 2022, 23,40 Є
Valérie Rouzeau, Va où, 128 p., La Table Ronde, 10.2.2022, 6,70 Є
Tahar Ben Jelloun
Tahar Ben Jelloun, Douleur et Lumière du monde précédé de Que la blessure se ferme, 320 p., Gallimard, 03.2.2022, 9,70Є
Valérie Rouzeau, Quand je me deux, 112 p., La Table Ronde, 10.2.2022, 6,70 Є
Mustafa Kör
Mustafa Kör, De Pain et d’Amour Brood en liefde {Édition bilingue – Traduction : Katelijne De Vuyst & Danielle Losman}, 82 p., Maëlstrom RéEvolution, 29.1.2022, 8,00 Є
Rim Battal
Rim Battal, Mine de rien, 176 p., Le Castor Astral, février 2022, 9,00
Muriel Claude
Muriel Claude, Arrangement floral, 120 p., Flammarion, 16.2.2022, 17,00 Є
Maya Angelou
Maya Angelou, Et pourtant je m’élève {Traduction : Santiago Artozqui}, 128 p., Seghers, 10.2.2022, 14,00 Є
Michel Houllebecq
Michel Houllebecq, Poésie - 2 Configuration du dernier rivage/Renaissance, CD Audio, Gallimard, 24.2.2022, 16,70 Є
Luc Strenna
Luc Strenna, Comme une lisière violine, Chloé des Lys, janvier 2022, 19,10 Є
Marcel Peltier
Marcel Peltier, Patience, le sistre ! Une approche minimaliste, oulipienne, 52 p., Du Cygne, 02.1.2022, 10,00 Є
Marianne van Hirtum
Marianne van Hirtum, La vie fulgurante, 92 p., L’arbre de Diane, janvier 2022, 12,00 Є
Marie-Claire Mazeillé
Marie-Claire Mazeillé, La vie est un si beau voyage, 134 p., L’ire de l’Ours, 04.1.2022, 10,00 Є
James Sacré
James Sacré, Figures de solitudes, 155 p., Tarabuste, 29.1.2022, 14,00 Є
Lionel Destremau
Lionel Destremau, De la confusion, 132 p., Tarabuste, 29.1. 2022, 13,00 Є
Jean-Michel Maulpoix
Jean-Michel Maulpoix, Rue des fleurs, 88 p., Mercure de France, 10.2.2022, 10,50 Є
Jack Kerouac
Jack Kerouac, Poèmes dispersés {Nouvelle édition – Traduction : Philippe Mikriammos}, 176 p., Seghers, 10.2.2022, 14,00 Є
Collectif 3
Collectif, Au fil de la Dendre, n°3, Chloé des Lys, janvier 2022, 10,00 Є
E.E. Cummings
E.E. Cummings, Érotiques {Édition bilingue – Nouvelle édition – Traduction : Jacques Demarcq}, 160 p., Seghers, 10.2.2022, 14,00 Є
Grisélidis Réal
Grisélidis Réal, Chair vive – Poésies complètes {Préface : Nancy Huston}, 256 p., Seghers, 10.2.2022, 17,00 Є
Christophe Tarkos
Christophe Tarkos, Le Kilo et autres inédits, 800 p., P.O.L, février 2022, 32,00 Є
Collectif 1
Collectif, Là où dansent les éphémères {100 poètes d’aujourd’hui}, 464 p., Le Castor Astral, février 2022, 17,00 Є
Collectif 2
Collectif, L’Éphémère 88 plaisirs fugaces {Anthologie établie par B. Doucet &T. Renard}, 240 p., Bruno Doucet, 03.2.2022, 20,00 Є
Aliocha Wald Lasowski
Aliocha Wald Lasowski, Sur l’épaule des dieux les arts d’Édouard Glissant, 360 p., Les Impressions Nouvelles, février 2022, 22,00 Є, (NB : genre : essais)
Abdellatif Laâbi
Abdellatif Laâbi, La poésie est invincible, 160 p., Le Castor Astral, février 2022, 9,00 Є
Bella Clara Ventura
Bella Clara Ventura, Carrousel d’émotions, 60 p., Du Cygne, 18.1.2022, 10,00 Є
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