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DROOPY 3
Edito
Mais ils vivent tes chants de rossignol…

εἶπέτις, Ἡράκλειτε, τεὸνμόρον, ἐςδέμεδάκρυ
ἤγαγεν, ἐμνήσθην δ᾽ ὁσσάκιςἀμφότεροι
ἠέλιονλέσχῃ κατεδύσαμεν. ἀλλὰσὺμέν που,
ξεῖν᾽ Ἁλικαρνησεῦ, τετράπαλαι σποδιή·
5αἱ δὲτεαὶ ζώουσινἀηδόνες, ᾗσιν ὁ πάντων
ἁρπακτὴς Ἀίδηςοὐκ ἐπὶ χεῖρα βαλεῖ.
Καλλίμαχος ὁ Κυρηναῖος
επίγραμμα

«Quelqu'un m'a appris ton destin, Héraclites, il m'a tiré des larmes.
Je me suis rappelé combien de fois, tous les deux,
nous avions prolongé nos causeries jusqu'au coucher du soleil.
Ainsi, cher ami d'Halicarnasse, depuis longtemps, tu n'es plus que cendre.
Mais ils vivent tes chants de rossignol, et sur eux Hadès,
qui ravit toutes choses, n'étendra pas la main.»
Callimaque de Cyrène,
Épigrammes
(2 selon l'édition de Wilamowitz/
VII.80 selon l'Anthologie Palatine)

Oui ils chantent encore vos chants de rossignols ; les vôtres Monsieur qui nous avez trop tôt quittés ; les vôtres, Camarades, qui toujours parmi nous vivez !

«Mais voyez : du sein des flots noirs s’élève comme un cygne éblouissant ; bientôt on distingue un bras nu, de blanches épaules qui nagent avec vigueur et persévérance… C’est lui ! de sa main gauche, il élève la coupe, en faisant des signes joyeux ! »(G.de Nerval [trad.], Le Plongeur)

«Und sieh! aus dem finster flutenden Schooß
Da hebet sichs schwanenweiß,
Und ein Arm und ein glänzender Nacken wird bloß
Und es rudert mit Kraft und mit emsigem Fleiß,
Und er ists, und hoch in seiner Linken
Schwingt er den Becher mit freudigem Winken.
»
(Friedrich Schiller, Der Taucher)

Voilà bientôt un an, Monsieur, qu'il me fallut vous succéder ; nous étions au début de l'épidémie ; nous sommes aujourd'hui dans de vagues pandémies (on ne compte plus, on ne compte plus…) ; vous n'êtes plus ! Notre destin sera le vôtre ! (on ne compte pas, non, on ne compte pas…)

Mais il est une chose -sans doute me l'avez-vous réellement apprise, mon âme-mie- sur laquelle Hadès, Héritier de toutes choses, n'étendra pas son empire : poèmes et poésie.

Comme Callimaque, pareil à Schiller, tu rejoignis la poussière et la cendre et pourtant ils vivent encore vos chants de Rossignol...

Et aux vôtres se joignent les chants…de Jane -bien sûr- et de tous les poètes pendus aux greniers.

Mon cher Olivier, il vit toujours ton Grenier !

Les Chants de Jane, d'abord, dont je peux annoncer la sortie du vingt-cinquième numéro consacré à notre ami Renaud Denuit… nous aurons l'occasion d'y revenir mais guettez aux boîtes aux lettres dans les semaines qui viennent (vous le recevrez sous peu avec celui de Philippe Leuckx).

Ceci n'est pas un masque avec, ce mois-ci, Philippe Colmant qui se livre, sans jeu de mots, à Martine Rouhart. Un entretien à regarder ou à lire…à vous de voir !

La NRE -dont te parviendra l'écho aux nuages- qui toujours plus s'étoffe, avec des poèmes de nouveaux adhérents -on saluera ce mois-ci Marcelle Pâques- et la chronique de lecture que nous offre chaque mois Martine Rouhart (celle de ce mois-ci est consacrée au poète Marc Menu), auquel on ajoutera la voix -toujours- pétillante de Viviane-Tâm Laroy que nous avons le plaisir de lire et retrouver à nouveau (avec cette fois une lecture des poèmes politiques de Rimbaud).

Enfin, une chaîne YouTube -qui se construit au fur et à mesure- où, outre nos entretiens d'auteurs, on pourra retrouver des lectures de poèmes (et notamment celle de "Ainsi que pleurent le monde et les oiseaux", dernier recueil du regretté Péhéo), des causeries…de poésies, des spectacles et peut-être même des bouts de séances puisque l'on nous annonce que l'on pourrait reprendre en mai…ou en juin…ou…

Mais d'ici-là, chaque mois, ici au Grenier, mon ami, nous ferons vivre la poésie en souvenir de toi…

Avec Toi, avec EUX et puis, aussi, un peu de moi…
Et toujours, avec autant d'émoi,
Lysztéria Valner, le 15.3.2021
Poésies
Nous avons reçus des poèmes et textes de nos membres. Cliquez sur leurs noms ci-après pour y avoir accès :

Martine Rouhart
Carine Chavanne
Isabelle Bielecki
Marcelle Paques
Renée Wohl
Philippe Colmant
Lysteria Valner
Chantal Demeter
Marc Menu
Marcel Peltier
Jean-Louis Van Durme
Entretiens d'Auteurs
Entretien - Philippe Colmant
Interview GJT Philippe Colmant 2021 (Martine Rouhart)

MR – Tu es né à Bruxelles, où tu as passé ta jeunesse et fait tes études, des études de traducteur. Après avoir dirigé ta propre agence en communication écrite, tu as rejoint l’équipe linguistique de la Cour des comptes européenne, à Luxembourg et tu vis aujourd’hui à Arlon.
Explique-nous depuis quand tu écris et comment t’est venue cette passion.

PhC – Dès l’enfance, j’ai lu énormément. Nous n’avions pas la télévision. Ceci explique peut-être cela. À l’école, les cours de français me passionnaient. Vers quinze/seize ans, je me suis mis à écrire des textes à vocation poétique. Je les rassemblais dans de mini-recueils. Le tirage était artisanal et anecdotique. Mais la graine était semée. Cela dit, il a fallu du temps avant de la voir germer pleinement, puisque, après mes études de traduction, j’ai créé une agence en communication écrite avec un associé. Pendant près de vingt-cinq ans, j’ai mis mon énergie créatrice au service de cette entreprise. Je n’écrivais quasiment plus à titre personnel. J’étais comme saturé de mots. Ce n’est finalement qu’en 2012, lorsque j’ai rejoint l’équipe linguistique française de la Cour des comptes européenne, que je me suis remis à l’écriture : les textes que je traduis ou révise aujourd’hui sont beaucoup plus techniques et demandent un apport créatif nettement moindre.

MR – C’est vrai, tu es toujours en pleine activité professionnelle, en couple aussi. Comment parviens-tu à agencer/partager ton temps avec l’écriture ? As-tu des rituels d’écriture ?

PhC – Il me reste encore quelques années avant la retraite. Mais depuis neuf ans maintenant, j’ai retrouvé des semaines de travail normales, avec des week-ends libres. Cela a changé ma vie. L’écriture est totalement compatible avec cette activité professionnelle moins astreignante, d’autant que ma compagne, qui est elle aussi traductrice, me soutient pleinement dans mes écrits. C’est elle qui est ma première lectrice, ce premier regard qui m’est capital. Quant aux rituels d’écriture, je n’en ai pas vraiment. Quand un poème me vient, je le couche sur papier. Dans le cas du roman, je n’en entame l’écriture que lorsque je me sens prêt. Parfois deux ou trois jours de suite avant quelques semaines de décantation.



MR – Venons-en justement aux deux genres que tu évoques. Tu as déjà à ton actif littéraire plusieurs recueils de poésie et aussi trois romans policiers. Ton deuxième roman policier, Salomé pour toujours, a d’ailleurs obtenu la 2e place du Prix littéraire Prince Alexandre de Belgique en 2018.
En poésie, tu fais aussi partie des lauréats du Prix Pierre Nothomb 2020.
Deux pôles d’écriture d’apparence fort opposés.
Qu’est ce qui te correspond le plus/ Que préfères-tu écrire ? Quelle est leur interaction éventuelle/ leur complémentarité ?

PhC – Je ne sais pas s’il faut parler de correspondance ou de préférence. C’est Andrée Chedid qui écrivait: « Du roman au poème, la démarche est autre. Là, on suit ses propres pas ; ici, on les devance. » C’est cela en fait. Mes romans policiers, je les construis d’abord intégralement dans ma tête. Et au moment d’en commencer la rédaction, je sais exactement d’où je pars et où je vais, parce que j’ai préparé la trame du récit, ficelé l’intrigue et effectué les recherches nécessaires pour garantir la cohérence. C’est un acte prémédité.
La poésie tient davantage du jaillissement. On est dans le spontané. Le texte me tombe dessus sans crier gare : il peut naître d’une simple image, d’une évocation, d’un souvenir, d’une association d’idées…
Chacun de ces trois romans policiers m’a procuré un plaisir d’écriture jubilatoire. Mais la poésie était la première et reste très chère à mon cœur, parce qu’elle me nourrit davantage.


MR – C’est précisément ton œuvre poétique que l’on aborde aujourd’hui. En particulier, tes deux recueils publiés en 2020, Cette vie insensée et Ciel et terre remués.
J’ai lu tous tes recueils et je remarque que tu te livres toujours plus, tu vas un pas plus loin dans l’introspection, tout en allégeant les textes. Dans les premiers que j’ai lus, par exemple, ils étaient souvent en vers rimés, tu t’en es libéré…
Comment expliques-tu cette évolution dans ton écriture ?

PhC – Il est clair que ma façon d’écrire aujourd’hui n’est plus la même que celle d’hier. Il y a quelques années encore, j’écrivais des sonnets, des vers plus longs, rimés. Je m’en suis détourné pour une poésie non pas plus simple mais plus intense, plus dense et finalement peut-être plus riche. Aussi plus proche du jaillissement que j’évoquais. Ai-je besoin de davantage de dépouillement ? Oui, sans aucun doute. Je reste toutefois sensible à la musicalité d’un texte, au souffle qui en émane. Si j’ai abandonné la rime, qui est souvent contraignante, je reste très attaché au rythme.

MR – Des thèmes reviennent, récurrents, qui creusent chaque fois un peu plus le sillon. Le sens de la vie, la mort, les souvenirs, la fuite du temps, l’impermanence des choses et, toujours tellement présent dans tous tes recueils, l’amour comme seule vraie valeur. On ressent souvent des blessures à vif. On lit de la nostalgie, quelques regrets, l’incertitude des heures à venir, parfois une sorte de voile de désillusion. Que peux-tu nous dire ou ajouter à ce sujet ?

PhC – Mes poèmes naissent tantôt de la contemplation, tantôt de la réflexion… donc de l’observation de ce qui se passe en soi et autour de soi. Certes, Brel disait: « Vivre, ce n’est pas sérieux, ce n’est pas grave; c’est juste une aventure, presque un jeu.» Moi, sans être grave pour autant, je ne peux pas être léger lorsque je regarde le monde. Le monde actuel – je parle ici de ses grands rouages – ne me fait pas rire. D’où une certaine désillusion, oui. Je ne dirais pas que je suis pessimiste; je pense simplement être lucide.
Dans ta question, tu parles également des souvenirs. Ils nous régissent : c’est notre patrimoine existentiel. C’est l’expérience que nous faisons de la vie qui nous façonne, nous construit et qui conditionne notre comportement. Blessures, nostalgie, regrets… Je pense que nous sommes tous concernés. Nous avons tous connu des moments fastes, merveilleux, et d’autres plus douloureux. Pour ma part, je n’ai pas à me plaindre de ma vie, qui m’a valu et me vaut encore de grands bonheurs.


MR – Tes recueils sont toujours superbement illustrés, par des œuvres propres. On a longtemps pu admirer des cieux couleur d’aurore ou de crépuscule.
Dans Cette vie insensée, paru en mars 2020, ce sont des aquarelles monochromes, modernes et suggestives et une couverture pure, toute blanche, juste l’esquisse d’un regard qu’on imagine être celui de l’auteur sur la vie. La photographie, la peinture, encore d’autres passions ? Cela te semble-t-il naturel de les associer chaque fois à tes textes ?

PhC – J’ai repris l’aquarelle il y a un peu plus d’un an. C’est une forme de création qui m’avait amusé en autodidacte pendant une dizaine d’années, avant mon changement de cap professionnel. La passion pour la photographie, comme elle, est une influence paternelle qui remonte à l’adolescence. Je n’ai pas d’autres passe-temps et c’est heureux, parce que je veux encore pouvoir lire… et écrire.
En ce qui concerne ta dernière question : je ne sais pas s’il est naturel d’associer mes réalisations picturales et mes textes. Mais pourquoi pas ? C’est une façon de boucler la boucle.

MR ­ Cette vie insensée a été publié au début du confinement. Ciel et terre remués y fait suite en quelque sorte ; ce sont des pensées/réflexions sur la vie et sur la mort, qui résonnent particulièrement en cette période étrange que nous vivons tous et qui nous renvoie à nous-mêmes, loin en-dedans. Des mots reviennent d’ailleurs sous ta plume, qui sont : confiné/silence/immobile…
Comment as-tu vécu/ vis-tu cette période concrètement ?
Qu’attends-tu pour « après », un monde…meilleur ? Et pour toi, un recentrage encore plus serré sur l’essentiel ?

PhC – Oui, Cette vie insensée est sorti à un moment «charnière». Ce n’était pas calculé du tout. Apparemment, beaucoup de lecteurs y ont trouvé ou retrouvé des émotions particulières. Ciel et terre remués, qui l’a suivi trois mois plus tard, a davantage traduit en mots le confinement et sa pesanteur. C’est une période difficile pour la plupart d’entre nous. À titre personnel, je ne me plains pas des contraintes: j’ai la chance d’être en télétravail. Cela ne me vaut pas des journées plus courtes, au contraire, mais c’est supportable. La famille et les amis me manquent, évidemment, les spectacles aussi, mais là, j’enfonce une porte ouverte.
Pour le reste, je ne pense pas que cette pandémie planétaire rende le monde meilleur. J’espérais un grand élan de fraternité et de solidarité ; je crains surtout un repli sur soi et un renforcement de la peur de l’autre.
Quant à mon recentrage sur l’essentiel, pour reprendre tes mots, c’est un voyage que j’ai entamé bien avant le confinement et qui est loin d’être terminé.

MR – Il ne me semble pas y avoir une chronologie ni un ordre vraiment préétabli dans l’agencement des poèmes, il s’agit plutôt d’une vision de l’existence, de la manière de la ressentir comme elle est et surtout comme elle va, dans ses aller-retour capricieux, impérieux, de douceurs et de dureté, dans sa succession de « chants et contre-chants ». Je me trompe ? De manière générale, les as-tu écrits dans l’ordre où ils se présentent ? Comment procèdes-tu ?

PhC – Il n’y a pas de préalable. Le recueil ne suit pas l’ordre d’écriture des poèmes. Les thèmes varient selon le jour, l’humeur du moment, l’image qui me vient…Je consigne mes textes dans un répertoire spécial pendant plusieurs mois. Je ne décide de leur agencement qu’au moment où je clôture le recueil.

MR – Un mot sur ton père ? Car tu l’évoques beaucoup, partout dans tes recueils.

PhC – Il est pour moi très difficile de « résumer » mon père. C’est un sacré bonhomme ! C’est un humaniste convaincu, un homme curieux de tout. Tout en pudeur et en humilité. Pourtant, il connaît cinq langues, qu’il lit encore couramment, et a toujours une mémoire phénoménale malgré son grand âge. Il est une référence majeure pour moi. Il a aussi été mon premier soutien dans l’écriture. L’essentiel de mes valeurs viennent de lui. Et de ma mère évidemment, qui est elle aussi une personne adorable et remarquable à bien des égards. Je n’oublie pas ce que je dois à mes parents…

MR – Tu l’as évoqué aussi à d’autres occasions, certains de tes anciens professeurs ont été des figures importantes pour toi…

PhC – Absolument. J’imagine que chacun de nous a, dans sa vie, croisé la route de personnages marquants, que ce soit au sein de sa famille ou dans d’autres cercles: amis, enseignants, collègues de travail… Dans mon cas, j’ai eu le privilège d’avoir, entre autres, des professeurs de français hors du commun. Je pense ici aux poètes Jacques Crickillon, qui vient de nous quitter, et André Doms. Ils ne me donnaient pas l’impression de débiter leurs cours, mais de les conter. Je ne me suis jamais ennuyé avec eux et j’ai appris énormément.

MR – Passons à ton actualité: tu viens de sortir un tout nouveau recueil intitulé Le tour de l’île, toujours chez Demdel. Tu peux nous en dire davantage ?

PhC – Dans ce recueil, j’accorde une plus grande place à l’enfance – en particulier la mienne – que l’on peut considérer comme le fil conducteur, un prétexte pour se souvenir. C’est un opus qui me tient particulièrement à cœur. Pas par excès de nostalgie, mais bien parce que j’ai conscience d’avoir vécu une enfance plus qu’enviable.

MR – Et bientôt aussi un autre roman policier. Nous allons y retrouver ton fameux commissaire ?

PhC – Oui. Ce sera mon quatrième polar. Toujours avec le commissaire Van Calster et son équipe. Et toujours avec une action qui se déroule à Bruxelles. J’en ai terminé l’écriture. J’en suis à présent au polissage. Ce livre devrait sortir avant l’été. Mais son titre reste confidentiel pour l’instant.



Choix de lecture :
  1. « Nous enchaînons les jours… », Cette vie insensée, Demdel édition, 2020
  2. «Transparents et dociles… », Cette vie insensée, Demdel édition, 2020
  3. « Pris par le temps, l’ennui.. », Ciel et terre remués, Demdel édition, 2020
Chroniques de lectures
Marc Menu
Marc Menu, « Ce soir, c’est relâche », Le Taillis Pré, 2020, Frontispice de Jo Hubert, Préface de Paul Edmond

J’étais curieuse de lire le recueil de Marc Menu, presqu’inquiète de m’y plonger après ce qu’il m’en avait révélé à demi-mots.

C’est vrai, personne n’en ressort totalement indemne : le petit monde littéraire (belge) de la poésie qui ne tournerait pas rond, les auteurs connus et reconnus, ceux qui croient l’être et la grande foule des méconnus…

« ils s’imitent les uns les autres/n’en finissent pas de se complimenter/-et de se tirer dans les pattes/avec le même entrain-/sûrs qu’à force de se reproduire entre eux/depuis plusieurs générations/un jour leurs gribouillages/les feront rimbaud »

Marc Menu décoche bon nombre de flèches bien ciblées. Mais il faut lui rendre justice : il ne se fait pas un sort à part …
« ne pas sous-estimer/cette part d’ombre/toujours en embuscade/qui ne dort que d’un œil (…) /et qui insinue l’ombre du doute/le vers dans le fruit/de nos misérables lignes/misérablement alignées »

Parmi la nonantaine de poèmes qui constituent le recueil, il en est donc d’assez méchants (mais ne devrait-on pas dire que ce sont plutôt les mots d’un... vilain garnement ?)
Humour, ironie, dérision…, mais aussi une certaine dose de regrets et de désenchantement.

L’on entrevoit des fissures dans la dureté apparente et beaucoup de fragilité entre les lignes.
Marc Menu nous offre ici un recueil plein de contrastes et en fin de compte, très intime.

Quelle douceur, dans celui-ci :

« Aujourd’hui
je ne t’ai pas écrit de poème

si on excepte
une caresse sur ta joue
et un mot doux à ton réveil,
ma main qui a pris la tienne
tout le temps qu’a duré la promenade,
et puis l’amour qu’on a fait
à notre retour

si on excepte tout ça,
alors aujourd’hui,
je ne t’ai pas écrit de poème »

Marc est avant tout un poète hyper sensible. Ce qu’il veut nous dire de tout son cœur, crier au monde c’est son amour profond pour la poésie.

Alors, en dépit de tout, continuons à écrire ! Car toujours, « à fleur de crépuscule/traîne une page blanche/sous les ombres éparses ».

Sinon, au moins, vivons pleinement la poésie…

« écris ce qui te passe par la tête
sans jamais te décourager
disait le maître
mais dans la tête du disciple
il ne se passait absolument rien
qu’un peu d’air du large
ramené en contrebande
de ses vacances à la mer »

Martine Rouhart

RIMBAUD - Poèmes Politiques
Poèmes politiques d’Arthur Rimbaud, Sous la direction de Frédéric Thomas, Aden éditions, 2012

Mon œil a été surpris dans cette vitrine par cet ouvrage intitulé « Poèmes politiques » d’Arthur Rimbaud. Ce poète connu pour ces poèmes figuratifs aux images fortes avait-il lui écrit des œuvres plus « engagées » ?

« Comme un parfum de pain humant l’odeur de cire,
Heureux, humiliés comme des chiens battus,
Les Pauvres au bon Dieu, le patron et le sire,
Tendent leurs oremus risibles et têtus. »

Ces vers dont le texte entier porte le titre, « Les pauvres à l’Eglise », mettent bien en évidence la conscience anticléricale, sociale, voire révolutionnaire de notre jeune auteur comme dans cet autre opus, le « Forgeron » :

« Le bras sur un marteau gigantesque, effrayant
D’ivresse et de grandeur, le front vaste, riant
Comme un clairon d’airain, avec toute sa bouche,
En prenant ce gros-là dans son regard farouche,
Le Forgeron parlait à Louis Seize, un jour
Que le Peuple était là, se tordant tout autour,
Et sur les lambris d’or traînant sa veste sale. »

Rimbaud crie à l’injustice sociale et prône une révolution portée par des symboles du travail, comme un adolescent sensible et concerné par les événements de son époque. Il ne s‘agissait pas d’un poète rêveur et déconnecté de la réalité. C’est ce que tend à montrer cette anthologie proposée par Frédéric Thomas qui pose la question de l’acte créatif lui-même et, de sa prise de position dans l’espace public.

Ce recueil distingue trois thèmes dans l’engagement de notre poète : la crise politique, le commune et les révolutions.

C’est ainsi que la douce mélancolie du très connu « Le Dormeur du val » s’accommode très bien à cette lecture de l’acte poétique comme résistance qu’il situe dans la première partie de son anthologie dédiée à la crise politique :

« C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid
.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
»


L’éclairage de Frédéric Thomas donne un petit air de Boris Vian à Rimbaud, ou est-ce le contraire, qui sait ? Ce qui ne sera pas pour nous déplaire même si en soi le lecteur ne découvrira pas vraiment de nouveaux textes de cet illustre poète. Nous pourrions facilement, à la lecture et la présentation des textes, affirmer que « Je est un autre », que tout est finalement une question de perspective et que la poésie est tout sauf anodine.

Viviane-Tâm Laroy
Du temps jadis

Vital D'audiguier De La Menor (1569 - 1624 )

Faire l'amour alors qu'il me défait

Faire l'amour alors qu'il me défait,
Et tout défait, l'amour même défaire,
Le défaisant, le rendre plus parfait,
Le parfaisant, l'éprouver plus contraire.

Se délecter aux plaies qu'il me fait,
Chanter l'honneur de mon fier adversaire ;
Et de cent maux endurés en effet
Ne rapporter qu'un bien imaginaire.

Cacher son mal de crainte de le voir,
Crier merci de faire son devoir,
En même temps se louer et se plaindre,

Se détester et se faire la cour
Se mépriser et soimême se craindre,
C'est en deux mots la défaite d'amour.
PARUTIONS
PARUTION - CHANTS DE JANE
PARUTION Yvon le Men
Yvon le Men, La baie vitrée, 160 p., Bruno Doucey, 04.02.2021
PARUTION Thomas Viniau
Thomas Viniau, le coeur pur du barbare, 250 p., Le Castor Astral, 25.02.2021
PARUTION Shakespeare
William Shakespeare, Sonnets et autres poèmes, 1120 p., Gallimard, 11.03.2021
PARUTION Thierry Radière
Thierry Radière, Entre midi et minuit, 336 p., La Table Ronde, 11.03.2021
PARUTION Raphaël Laiguillée
Raphaël Laiguillée, Reprendre pied, 128 p., Gallimard, 04.03.2021
PARUTION Philippe Jaccottet
Philippe Jaccottet, Le dernier livre de Madrigaux, 48 p., Gallimard, 04.03.2021
PARUTION Sandra Moussempès
Sandra Moussempès, Cassandre à bout portant, 174 p., Flammarion, 20.01.2021
PARUTION Pascal Bouhénic
Pascale Bouhénic, 76 façons d'entrer, 224 p., Gallimard, 11.03.2021
PARUTION Perrine le Querrec
Perrine le Querrec, Feux, 80 p., Bruno Doucey, 04.03.2021
PARUTION Martine Blanché
Martine Blanché, La saison infinie, Jérôme do Bentzinger, 04.03.2021
PARUTION Michel Cahour
Michel Cahour, Patchwork, Prolégomènes, 21.01.2021
PARUTION Hannah Sullivan
Hannah Sullivan, Trois poèmes [Three poems], édition bilingue, préface & traduction: Patrick Hersant, 168 p., La Table Ronde, 11.03.2021
PARUTION Gilles debarle
Gilles Debarle, À l'aube des heures fertiles, 106 p., Le Courdrier, 30.01.2021
PARUTION Gilbert Trolliet
Gilbert, Trolliet, Le Fleuve et l'Être - Choix de poèmes (1927/1978), Mercure de France, 11.03.2021
PARUTION Francis Ponge
Francis Ponge, La fabrique du pré, 144 p., Gallimard, 03.03.2021
PARUTION Étienne Orsini
Étienne Orsini, Débusquer des soleils, Le nouvel Athanor, 04.02.2021
PARUTION Emmanuel Moses
Emmanuel Moses, Tout le monde est tout le temps en voyage, Al Manar, 20.01.2021
PARUTION Claude Minière
Claude Minière, Refaire le monde, 64 p., Gallimard, 11.03.2021
PARUTION Christian Dotrement
Christian Dotremont, Ancienne éternité & autres textes [1940/1953], Unes, 19.01.2021
PARUTION Cédric Demangeot
Cédric Demangeot, Promenade et guerre, 140 p., Flammarion, 24.02.2021
PARUTION Caroline Baldé
Caroline Boldé, Une femme en crue, 128 p., Bruno Doucey, 04.03.2021
PARUTION Arthur Rimbuad
Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai, 128 p., Gallimard, 11.03.2021
PARUTION Bruno Doucey
Bruno Doucey & Thierry Renard, Le désir - aux couleurs du poème, 216 p., Bruno Doucey, 04.02.2021
PARUTION Amjad Nasser
Amjad Nasser, Le Royaume d'Adam et autres poèmes, 176 p., Sindbad- Actes Sud, janvier 2021
PARUTION Alexis Bardini
Alexis Bardini, Une épiphanie, 104 p., Gallimard, 04.03.2021
PARUTION André Velter
André Velter, Séduire l'univers précédé d'À contre-peur, 224 p., Gallimard, 11.03.2021
PARUTION Alain Lipietz
Alain Lipietz, Ressusciter quand même - Le matérialisme orphique de Stéphane Mallarmé, Le temps des Cerises, 04.02.2021
PARUTION Éric Sautou
Éric Sautou, Beaupré, 120 p., Flammarion, 10.02.2021
PARUTION Cartographie
Cartographie de l'exil - Lectures de l'œuvre de Mahmoud Darwich, Par Sinan Antoon, Miguel Casado, René Corona, Subhi Hadidi, Kadhim Jihad Hassan, Aurélia Hetzel, Hassan Khader, Farouk Mardam-Bey, Elias Sanbar, Évanghélia Stead et avec, pour mémoire, un texte inédit en français d’Edward Said (1994), 192 p., Sindbad-Actes Sud, février 2021
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